Esclavage, impérialisme, pillage… : et si on parlait de l’héritage arabo-musulman ? - Par Ferghane Azihari
Seul l’héritage impérial occidental expliquerait les rapports conflictuels de certaines minorités avec la France. Pourtant, elle n’est pas la seule à avoir des reproches à se faire.
L'embrasement des zones urbaines sensibles – qui concentrent 30 % de l'immigration en provenance d'Afrique et de Turquie, selon l'historien Pascal Blanchard – s'apprivoise comme un choc des civilisations par certains acteurs. Le président turc a désigné le « racisme culturel et institutionnel » ainsi que le « passé colonial » parmi les causes des conflits entre la France et une partie de ses minorités. Un moyen pour lui de flatter les ressentiments des minorités hostiles et non assimilées en s'imposant comme le protecteur des musulmans sur la scène mondiale. Erdogan s'arroge ainsi la fonction que l'Europe exerçait pour les chrétiens ottomans quand le Vieux Continent était en position de force.Voilà que les habits de Martin Luther King sont enfilés par l'héritier de cet empire qui a attendu les pressions européennes pour lutter contre l'esclavage et concéder quelques droits à ses minorités avant d'en exterminer une et d'en persécuter bien d'autres. On est tenté de brandir la parabole de la paille et de la poutre. Mais la référence a peu de chances d'être comprise d'un personnage qui s'emploie à éradiquer toute trace de présence chrétienne dans l'ancienne Anatolie conquise par les Turcs, comme le montre le sort de la basilique Sainte-Sophie, entre autres édifices.
Ce procès a cependant un certain écho dans cette conscience occidentale si orgueilleuse et amnésique. L'Europe croit porter le poids du monde sur ses épaules. Mue par le mythe du bon sauvage, elle ignore que toutes les sociétés ont commis les crimes dont elle s'arroge l'exclusivité. Si l'on admet avec Raymond Aron que l'Histoire est tragique, aucune culture n'est restée en marge de celle-ci. C'est encore plus vrai de cette religion mahométane « qui agit sur les hommes avec le même esprit destructeur qui l'a fondée » pour reprendre les mots de Montesquieu. Byzance, Afrique romaine, Espagne, Balkans, Europe centrale et orientale : l'Islam a plus empiété sur l'Occident que l'inverse. Pourtant, « la colonisation » désigne encore la seule domination que les Européens ont exercée sur des sociétés loin d'être irréprochables avec l'étranger.
L'Europe vue comme le « domaine de la guerre »
Alors que l'Islam a enseveli l'immense partie du monde chrétien et gréco-romain dans lequel il est né, l'orientaliste Bernard Lewis rappelle que les musulmans ont longtemps manifesté de l'indifférence et du mépris à l'égard des mœurs européennes : « Avant le XVIIIe siècle, pas un savant ou homme de lettres musulman ne semble avoir cherché à apprendre une langue occidentale et encore moins à élaborer une grammaire, un dictionnaire ou d'autres outils linguistiques. » Et Lewis de rappeler que les musulmans considéraient l'imitation des infidèles comme un acte impie. Cette attitude contraste avec celle des lettrés européens. Ils fondent dès le Moyen Âge des lieux d'enseignement consacrés à la culture orientale, à tel point que les études européennes sur le Moyen-Orient à la fin du XVIIIe siècle « devançaient largement celles des musulmans eux-mêmes », selon l'orientaliste.
Alors que l'Islam a enseveli l'immense partie du monde chrétien et gréco-romain dans lequel il est né, l'orientaliste Bernard Lewis rappelle que les musulmans ont longtemps manifesté de l'indifférence et du mépris à l'égard des mœurs européennes : « Avant le XVIIIe siècle, pas un savant ou homme de lettres musulman ne semble avoir cherché à apprendre une langue occidentale et encore moins à élaborer une grammaire, un dictionnaire ou d'autres outils linguistiques. » Et Lewis de rappeler que les musulmans considéraient l'imitation des infidèles comme un acte impie. Cette attitude contraste avec celle des lettrés européens. Ils fondent dès le Moyen Âge des lieux d'enseignement consacrés à la culture orientale, à tel point que les études européennes sur le Moyen-Orient à la fin du XVIIIe siècle « devançaient largement celles des musulmans eux-mêmes », selon l'orientaliste.
