Napoléon par delà la gauche et la droite - Par Patrice Gueniffey
Mais le temps de l'histoire n'est jamais celui de la postérité et Napoléon n'était pas perçu comme "réactionnaire" par une majorité de ses contemporains. D'abord parce que le clivage gauche-droite n'existait pas en nos termes actuels, opposant plus simplement les royalistes aux révolutionnaires; ensuite (et surtout) parce que Bonaparte était un enfant de 1789 et ne pouvait renier ce qui l'avait fait... roi et l'obligeait à opérer le première synthèse entre les deux France que la Révolution avait séparées. Inaugurant ainsi une attitude appelée à s'incarner chez certains de ses successeurs jusqu'au XXIe siècle: homme de gauche aux idées de droite un jour, homme de droite aux idées de gauche le lendemain...
EXTRAIT
"Si l'on veut à tout prix classer Napoléon sur l'échiquier politique, ne serait-ce pas au centre qu'il faudrait le placer ?
Après tout, comme beaucoup de ces anciens conventionnels de la Plaine qui se rangèrent massivement derrière lui le 18 Brumaire, il répugnait aux moyens extrêmes auxquels le Comité de salut public de l'an II avait cru devoir recourir pour atteindre des fins pas si différentes des siennes, et, comme eux, il avait en horreur la violence des foules. Entre ses mains, la dictature était l'instrument d'un e politique modérée où kes deux France pouvaient se reconnaître. Certes, l'ancienne devait renoncer à ses privilèges et la nouvelle aux libertés parlementaires, mais à toutes deux il offrait, avec la paix intérieure et l'ordre, la gloire en partage, celles des victoires et des conquêtes indissociables de son épopée.
Alors, Napoléon, "centriste"? Ce n'est qu'une image, car en vérité, refusant de se voir classé à gauche ou à droite, "bonnet rouge" ou "talon rouge", il était à la fois de droite et de gauche, réconciliant - pour un temps - les deux familles françaises et leurs deux histoires.
