Rivarol, l'esprit contre la Révolution - Par Paulin Césari


Antoine de Rivarol (1753-1801) fut un des esprits les plus brillants de la fin du XVIIIe siècle. Cruel, féroce, perfide, mordant, ironique, sévère, injuste, il l'était autant dans les salons que dans ses écrits. S'il n'épargnait ni le clergé ni la noblesse dans ses saillies, la Révolution fit de cet enfant fdes Lumières un pamphlétaire royaliste redoutable, doublé d'un philosophe politique prophétique. Pour lui, le noucveau régime prétendant agir au nom de la raison ne fait qu'instituer uine nouvelle religion, profane, qui, au nom du progrès, détruit les fondements de toute société et, partant, de la civilisation. Pis: elle est, selon lui, source de barbarie futures. Par ses critiques in vivo écrites dans une style qui annonce les meilleurs polémistes du siècle suivant, le principal rédacteur du Journal politique national pose les premières pierres de la pensée contre-révolutionnaire dont une grande partie de la droite dite "légitimiste" se revendiquera.

EXTRAIT

"Si l'on s'accorde à faire de Rivarool l'un des premiers théoriciens du conservatisme, élément constitutif de la pensée de la droite, le résumer à un pamphlétaire contre-révolutionnaire trop marqué par son époque pour gtraerser les siècles serait une erreur. Ses réflexions éclairent son temps, mais aussi le nôtre, et d'une manière singulière. Ses analyses de la civilisation et de la barbarie sont transhistorique. Elles se révèlent d'une surprenante, pour ne pas dire prophétique, actualité. Les idéologies comme religions profanes n'ont-elles pas ensanglanté le XXe siècle ? le fantasme de l'homme nouveau n'a-t-il pas généré, avec le nazisme et le communisme, les pires barbaries que l'histoire ait connues ? Nos temps présents ne sont-ils pas encombrés d'idéologies cherchant à imposer leur libido dominandi à des masses indolentes souvent prêtes à toutes les servitudes ? La notion de sécession des élites, dons la séparation de l'organe et de la force, du peuple et du gouvernement, n'est-elle pas d'une brûlante actualité ?
Antoine de Rivarol fut le premier démystificateur, démythificateur et déconstructeur de la Révolution française. Cela ne lui fut pas pardonné. D'autant qu'il le fit en homme des Lumières. En esprit libre rétif à tout idéologie carcérale. Et c'est en homme de raison et non de foi qu'il put écrire: "Philosophie moderne, où nous as-tu conduits et à qui nous as-tu livrés ? Sont-ce là tes saturnales, tes triomphes et tes orgies ! Sombre nuit, descendue au nom de la lumière ! Vaste tyrannie au nom de la liberté ! profond délire au nom de la raison ! Sanglants outrages, insultes recherchées, affront inhumain, on ne saurait vous peindre trop fidèlement pour être utile ni trop vous atténuer pour être cru."
Tout cela explique en partie les raisons pour lesquelles rivarol fut  et reste un dissident blacklisté, un auteur sans postérité quasiment frappé d'indignité. Pour ajouter à son malheur, cet esprit libre fut également dédaigné par les contre-révolutionnaires ultras qui lui préférèrent les matrices théologico-politiques d'un Bonald ou d'un Maistre. Ou par ceux qui, demi-habiles, demi-lettrés, choisirent Burke au détriment de Rivarol, ignorant manifestement ce que la profondeur de cleui-là à loeuvre de celui-ci...