Les insurrectionnels : pourquoi une partie de la gauche soutient les émeutes - Par François Pupponi, Christophe Boutin et Céline Pina
Le 4 juillet, Élisabeth Borne a dénoncé le refus de La France insoumise d'appeler à l'apaisement. Ce soutien latent du parti de Jean-Luc Mélenchon et de ses alliés poursuit un objectif clair: renverser l'ordre établi en encourageant le chaos.
«Intérêt électoral ou velléités révolutionnaires: pourquoi une partie de la gauche soutient les émeutes»
Par François Pupponi
François Pupponi, ancien député (MDDA) du Val-d'Oise et ancien maire de Sarcelles pendant 20 ans, est l'auteur de La gauche en perdition (Ed. du Cerf).
LE FIGARO. - Le 4 juillet, à l'Assemblée nationale, la première ministre Elisabeth Borne a dénoncé le refus de La France insoumise de coopérer dans l'engagement des partis politiques pour l'apaisement des tensions, en affirmant que le groupe parlementaire «ne se positionnait pas dans le champ républicain». Dans le cadre des émeutes qui agitent la France depuis une semaine, une partie de la gauche a en effet refusé d'appeler au calme et, dans un premier temps, de condamner les violences. Quel regard portez-vous sur cette position?
François PUPPONI. - Malheureusement, les émeutes en banlieue arrivent régulièrement, on pouvait s'y attendre. Ce qui est inacceptable et anormal, c'est que non seulement certains élus de gauche n'ont pas dénoncé la violence, mais pire, ils ont laissé sous-entendre qu'ils la cautionnaient, alors qu'on a frôlé la catastrophe, et qu'il y aurait pu avoir des morts.
Mais c'est cohérent avec la position de La France insoumise, qui, depuis des mois et des mois, met en cause les institutions et incite aux émeutes et au soulèvement. Ils sont donc dans leur logique scandaleuse et inacceptable de remise en cause des institutions, qui contribuent à fracturer notre pays.
Lorsque Jean-Luc Mélenchon a demandé vendredi soir aux «jeunes» de «ne pas toucher» aux écoles, aux bibliothèques, aux gymnases, cette déclaration a été vivement critiquée car elle laisse entendre qu'il ne condamne pas le reste des pillages, et qu'il a autorité sur les émeutiers. Qu'en pensez-vous?
Le problème de Jean-Luc Mélenchon est qu'il est dans une logique insurrectionnelle, il se prend pour le grand leader révolutionnaire de notre pays et il incite au soulèvement. De plus, son électorat se trouve principalement dans ces quartiers. Il a donc un double intérêt: une logique révolutionnaire d'une part - il pense qu'il va renverser les institutions et prendre le pouvoir - mais il a aussi un intérêt purement électoraliste, car dans ces quartiers-là, il est très présent électoralement. Son groupe parlementaire est principalement élu dans ces quartiers.
Les insurrectionnels : que faire face à cette partie de la gauche qui n’est plus républicaine ?
Par Christophe Boutin
Atlantico : Dans un thread, désormais en partie supprimée, la cheffe de file LFI aux sénatoriales, membre de l’Institut La Boétie écrit : « Rappel que la République a été fondée par des émeutiers détruisant des bâtiments publics. Dans 15 jours on fête l'incendie d'un bâtiment public ça va être trop le fun de voir Manu Macs au garde à vous pour célébrer la plus grande émeute de notre histoire. Ce sont les bourgeois qui appellent au calme (en fait à la soumission à l'oppression) qui ne sont pas assez intégrés à la culture française. La culture française, refondée en 1789, c'est d'abord et avant tout la lutte contre les tyrans qui piétinent les droits humains. Au-delà du tyran ponctuel qu'est Manu, il y a un régime autoritaire dégénéré qu'on nomme la 5e République, mais qui n'est plus une république car elle piétine les droits humains. » Dans quelle mesure faut-il voir dans ce texte et dans les prises de parole de divers insoumis un appel plus ou moins voilé à l’insurrection et une tentative de légitimation de l’article 35 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1793 ?
Christophe Boutin : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. » Voilà l’article 35, de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen ajoutée à la Constitution montagnarde, la Constitution de 1793, et il y aurait beaucoup à dire sur le sujet, et d’abord à replacer les choses dans leur contexte historique. Premier élément, cette Déclaration de 1793, qui remplaçait celle de 1789, réputée trop bourgeoise, n’a jamais eu à s’appliquer. En effet, jugeant que les menaces extérieures et intérieures étaient trop fortes pour mettre en application le texte qui venait d’être validé par le peuple, la Convention décida de « suspendre » la nouvelle Constitution et de repousser son application à des temps meilleurs. Or la suite, on la connaît : le « gouvernement par comités », la place du Comité de Salut public, le rôle joué par Robespierre et la dérive totalitaire de la Révolution, entre régime des suspects et exécutions de masse – par noyades à Nantes, en tirant au canon sur les prisonniers à Lyon, par tous les moyens en Vendée. Le gouvernement a alors bel et bien violé les droits du peuple – à la justice, à la sécurité, à l’expression de ses idées, à ses libertés d’aller et venir ou religieuses – et il a fallu le coup d’État de Thermidor pour mettre fin à cette trahison par la gauche la plus radicale de l’idéal proclamé dans la déclaration.
Pour autant, comme disait notre bon Clémenceau, la Révolution est un bloc, et Isabelle d’Artagnan, historienne médiéviste, mais qui ne rechigne pas à s’aventurer loin des piloris de sa thèse – une de ses dernières notes concerne « La fluidité de genre de l’Antiquité à nos jours. Des faits trans à toutes les époques » - n’a pas tort quand elle rappelle certains faits de 1789. L’un des éléments fondateurs de la Révolution française est bien une attaque dirigée contre un bâtiment public, la Bastille, prison aussi mythique que mythifiée. Émeute ? On se souvient du dialogue entre Louis XVI et le duc de La Rochefoucauld : « Mais c’est une révolte ! Non, Sire, c’est une révolution ». Il reste cependant que le 14 juillet n’est pas seulement un moment de commémoration de la prise de la Bastille (1789) mais aussi, et plus encore, de la fête de la fédération (1790), célébrant sur le Champ-de-Mars la Nation fédérée et réunie – bien autre chose donc que l’attaque d’un bâtiment public.
Cette extrême-gauche qui essaie de renverser une civilisation qu'elle ne comprend pas
Par Céline Pina
Atlantico : Depuis la mort de Nahel, un adolescent de Nanterre abattu par un policier à l’issue d’un contrôle routier, la France est en proie à d’importantes émeutes. Récemment, c’est le maire LR de L’Haÿ-les-Roses, dans le Val-de-Marne qui a fait l’objet d’une tentative d’assassinat alors que d’autres élus accompagnent ou encourage de tels rassemblements. « Il n'est pas question qu'on appelle au calme » ; « La fin justifie les moyens » … De nombreuses personnalités de gauche encouragent les violences vécues ces derniers jours. Comment décrire et expliquer la stratégie de cette gauche “insurrectionnelle” ?
Céline Pina : Cette gauche insurrectionnelle cherche à constituer sa réserve de chair à canon pour partir à l’assaut du pouvoir. Elle cherche moins en électorat qu’une masse critique de factieux qu’elle pourrait mettre au service de son rêve de renversement de notre République. Elle espère profiter d’une situation d’émeute qu’elle n’a pas créé mais qu’elle veut exploiter et pour cela elle jette consciencieusement de l’huile sur le feu. Elle fantasme sur la révolution française et sur la Terreur. Qu’elle voit comme la marque de la détermination du révolutionnaire qui ose faire le sale boulot et qui libère les hommes en assumant de faire couler le sang. Elle n’a jamais regardé en face les crimes de masse commis au nom de lendemains censés chanter, persuadée que parce qu’elle visait le bien, l’égalité des hommes et l’égalisation des conditions, elle pouvait s’exonérer de la violence et des massacres qui furent commis au nom de l’intérêt révolutionnaire et du prolétariat. Elle n’a jamais regardé en face les crimes du communisme, faisant comme si ceux-ci n’étaient pas lié au totalitarisme de la doctrine mais à son dévoiement.
