Patrick Stefanini: «L’État n’est plus en mesure de protéger les personnes et les biens»

Pour l’ancien secrétaire général du ministère de l’Immigration, Patrick Stefanini, «l’État régalien est à l’os». Les effectifs de police sont clairement insuffisants pour assurer le maintien de l’ordre public et nombreux sont les commissariats qui parviennent à peine à assurer leur propre sécurité, comme l’ont montré les émeutes de ces dernières semaines. Face à ce constat alarmant, les efforts consentis par le gouvernement sont encore insuffisants, déplore-t-il. Pour y remédier, il propose que les polices municipales soient dotées de moyens supplémentaires et de prérogatives nouvelles, et qu’elles soient rendues obligatoires dans les communes de 5000 habitants.


LE FIGARO.- Le déploiement de toutes nos forces de maintien de l’ordre n’a pas permis d’éviter les émeutes. L’État régalien est-il dépassé?

Patrick STEFANINI. -
En matière de sécurité, l’État est nu. Il n’est plus en mesure de protéger les personnes et les biens, ce qui est pourtant sa responsabilité première. S’il ne l’assume pas, toute sa légitimité est ébranlée. Pendant ces cinq nuits de violences et de pillage, beaucoup de nos concitoyens ont découvert qu’après 20 heures, dans la plupart des commissariats de France, l’effectif de policiers présents permettait au mieux - je dis bien au mieux - de défendre le commissariat des agressions extérieures, mais certainement pas d’intervenir en dehors du commissariat pour maintenir ou rétablir l’ordre public. L’État régalien est à l’os.

Les exemples sont légion: à Montluçon, dans l’Allier, il y a cinq policiers la nuit pour 80.000 habitants. Dès lors que vous envoyez un véhicule avec trois agents en patrouille, il n’en restera plus que deux sur place pour défendre le commissariat contre une tentative d’intrusion violente et a fortiori contre des attaques au mortier ou au cocktail Molotov. Avec des moyens notoirement insuffisants: à Sucy-en-Brie, dans le Val-de-Marne, les pillages ont commencé dans la nuit du mercredi au jeudi. Lorsque la maire de Sucy-en-Brie, Marie-Carole Ciunto, est entrée en contact avec le commissariat, on lui a expliqué qu’il fallait d’abord que les policiers assurent la sécurité du commissariat et qu’en plus on manquait de munitions pour intervenir.