Où va notre argent ? Des dépenses qui explosent, des services publics qui s'effondrent : le scandale français - De Agnès Verdier-Molinié


Hôpital, école, transports... Malgré des dépenses qui ne cessent d’augmenter, nos services publics se dégradent dangereusement. Dans Où va notre argent? (Éditions de L’Observatoire), la directrice de l’Ifrap pointe le scandale de la dilapidation des deniers publics et esquisse des solutions de bon sens pour s’en sortir.


" Tous les citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d'en suivre l'emploi..." 
Article 14 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 

Le constat est édifiant : la France est le pays le plus taxé de la zone euro - presque 1 200 milliards de prélèvements obligatoires par an -, mais nos services publics s'effondrent les uns après les autres. Malgré des dépenses qui ne cessent d'augmenter, l'hôpital n'est plus que l'ombre de lui-même, l'école de la République s'enfonce un peu plus chaque année, les transports publics dysfonctionnent en permanence, la justice et la police sont débordées, les prisons saturées... Tout craque de partout en dépit des milliards injectés. Le système semble devenu incontrôlable : la puissance publique est endettée à hauteur de 3 000 milliards d'euros et continue à dépenser sans compter et sans contrôle. Nos institutions ne nous protègent ni de l'excès d'impôts ni de l'excès de dépenses inutiles et la qualité des services publics baisse. Où passe donc l'argent ? Pour la directrice de la Fondation iFRAP, il faut sortir de ce piège qui mine notre économie et notre démocratie. Des solutions existent, notamment chez nos voisins européens. 

Réveillons-nous ? l'argent public, c'est notre argent !




Comment l’Etat gaspille notre argent, le constat accablant d’Agnès Verdier-Molinié


LE FIGARO MAGAZINE. - Inefficacité, grèves à répétition, absentéisme… Face à la dégradation des services publics, la question que pose votre livre est légitime: où va notre argent?

Agnès VERDIER-MOLINIÉ. -
C’est le grand scandale français: les dépenses publiques explosent mais, année après année, les services publics se dégradent. La France est devenue un village Potemkine. En apparence, la devanture est encore correcte, mais tout se démantèle à l’intérieur. L’hôpital n’est plus que l’ombre de lui-même, l’école de la République s’enfonce un peu plus chaque année, les transports publics dysfonctionnent à intervalles réguliers… Quant à l’État, il délaisse de plus en plus ses missions régaliennes: la justice et la police sont débordées, les peines ne sont pas systématiquement appliquées, les prisons saturent…

Pourtant, les dépenses publiques explosent. Comment expliquer ce paradoxe?

Ce n’est pas une question de moyens. Entre 2002 et 2022, nos dépenses publiques sont passées de 809 milliards à environ 1500 milliards d’euros. L’an dernier, le gouvernement a annoncé en moyenne 1,6 milliard d’euros par semaine de dépenses nouvelles par rapport à celles qui avaient été votées pour l’année. Un record, puisque la moyenne de dépenses supplémentaires était de 36 milliards d’euros par an sous Nicolas Sarkozy et 17 milliards d’euros avec François Hollande. En 2022, un paroxysme a été atteint, avec 82 milliards d’euros supplémentaires. À l’approche de l’élection présidentielle, nous avons assisté à un véritable festival de chèques: renouvellement du chèque énergie pour 5,8 millions de ménages, rallonge pour MaPrimeRénov à hauteur de 2 milliards d’euros, création d’un fonds de 300 millions d’euros pour les harkis, construction de milliers de terrains de basket, de skateparks, de piscines…

«Plus la France dépense, plus les services publics se dégradent !»


Dans son dernier livre, Où va notre argent ? (Éditions de l'Observatoire), Agnès Verdier-Molinié, directrice de la Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques (iFrap), un laboratoire d'idées financé par le privé, fait, comme Le Point, le constat que les contribuables sont loin de s'y retrouver.

Le Point : Protection sociale, aides au logement, enseignement, culture… À tous les postes, la France dépense plus que ses voisins européens. Comment l'expliquer ?

Agnès Verdier-Molinié :
Tout simplement parce que nous avons un énorme problème d'organisation. En France, il n'y a aucune vision globale de chaque politique publique, sauf en matière de défense, de sécurité et de justice, contrairement à ce qui se fait chez nos voisins. Chez nous, tout est tronçonné entre l'État, les collectivités locales et la Sécurité sociale. Un exemple : la politique de l'emploi, qui est à la charge de l'État, des collectivités et de Pôle emploi. Savez-vous que 60 % des allocataires du RSA ne sont pas inscrits à Pôle emploi ? Personne ne s'occupe aujourd'hui du sujet ! Ni Pôle emploi, ni l'État, ni les départements. Cela fait moins de chômeurs dans les statistiques… En vérité, l'empilement des strates arrange tout le monde, car il déresponsabilise les acteurs.


La France, village Potemkine ?


Le propos. La France est le pays le plus lourdement taxé de la zone euro, pourtant nos services publics prennent l'eau. L'intérêt du livre d'Agnès Verdier-Molinié réside moins dans le tableau global, désormais bien connu - dégradation de l'hôpital ou de l'école, impôts trop élevés, explosion des dépenses publiques, gonflement irrésistible de la dette… - que dans les éclairages chiffrés assortis d'infographies sur une vingtaine de « scandales ».

Les exemples. Le scandale de la fausse suppression de l'ENA qui coûte 21 % plus cher ; le scandale des files d'attente pour les passeports (trois mois minimum) ; le scandale de la pénurie de places en crèche pour les travailleurs (les enfants de mère sans emploi ont 40 % de chances d'obtenir une place, contre 25 % pour les salariées du privé). Le scandale du prix des repas des enfants à la cantine, qui va de 0,13 centime à plus de 7 euros : plus on paie d'impôt sur le revenu, plus cher on paie cher la cantine dans les écoles publiques, l'inscription au conservatoire ou la place en crèche… sans contrôle sur les tarifs encadrés par une loi floue.