Egalité des chances à l'école - Par Anne Coffinier et Claire Lefebvre

"Avec le nouveau protocole de Pap Ndiaye, les derniers bons élèves du public s'en iront dans le privé"

Par Anne Coffinier

En augmentant le nombre de boursiers dans le privé, le protocole signé le 17 mai, qui vise à renforcer la mixité sociale dans les écoles privées sous contrat, risque de pénaliser le public, estime la présidente de l'association «Créer son école», Anne Coffinier.


Le ministre Pap Ndiaye et le secrétaire général de l'enseignement catholique ont signé, le 17 mai, un protocole pour renforcer la mixité sociale dans les écoles privées sous contrat. Cela n'était pas prévu dans le programme d'Emmanuel Macron. Si Pap Ndiaye avait annoncé qu'il voulait faire de la mixité sa priorité, il était clair pour tous qu'il s'agissait avant tout de réduire les différences sociales criantes entre les différents établissements publics. La publication en octobre 2022 de l'indice de positionnement social (IPS) est venue perturber la donne politique, en démontrant statistiquement ce que tout le monde savait confusément : la population scolaire aisée est concentrée dans l'enseignement privé, tandis que l'école publique accueille une plus grande part de la population économiquement défavorisée. En effet, les établissements sous contrat scolarisent 40% des élèves très favorisés mais seulement 17% des élèves d'origine sociale défavorisée. De plus, ces établissements représentent moins de 4% des 10% des collèges les plus défavorisés du pays, mais près de 75% des 10% les plus favorisés. Dès lors que le rôle de l'école sous contrat dans la ségrégation scolaire était officiellement démontré, il fallait qu'elle entre dans l'équation de la lutte contre la ségrégation par l'école, d'autant que le ministre lui-même avait été pris en «flagrant délit» de scolarisation de ses propres enfants dans une école privée pour privilégiés !

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Une telle politique donnerait des gages à une gauche que le président de la République se fait fort de choyer au gré de l'agenda politique. C'était sans compter sur l'habileté du Secrétariat général de l'enseignement catholique (SGEC). Ce dernier a réussi le tour de force d'obtenir plus d'argent public en échange de moins de liberté pour les écoles sous contrat. Et le SGEC n'en était pas à son coup d'essai. Philippe Delorme a ainsi obtenu de conditionner le «doublement du taux d'élèves boursiers en cinq ans aux seuls établissements privés dans lesquels les familles bénéficient d'aides sociales» équivalentes à celles versées par les collectivités locales pour les élèves du public, notamment pour la cantine.


Égalité des chances à l’école : les Français n’y croient plus

Selon un sondage Ifop pour la Fondation Kairos, dont « Le Point » publie les résultats en exclusivité, les classes moyennes apparaissent les plus désabusées.


Voilà une preuve de plus de la formidable occasion manquée que représente la version a minima du plan de mixité sociale à l'école présenté la semaine dernière par Pap Ndiaye. Alors que ce projet initialement érigé en priorité absolue par le ministre de l'Éducation nationale et de la Jeunesse s'est progressivement vu vider de sa substance, un sondage réalisé par l'Ifop pour la Fondation Kairos révèle que près de 6 Français sur 10 considèrent que l'école ne donne pas les mêmes chances à tous les enfants.

Le constat est particulièrement vrai parmi les classes moyennes supérieures (de 1 900 à 2 500 euros de revenus par mois) et inférieures (de 1 300 à 1 900 euros), puisqu'ils sont 64 % à ne pas y croire, contre 58 % chez les plus riches et 50 % chez les plus pauvres.

Autre chiffre éloquent : 56 % des Français seraient favorables à la suppression de la carte scolaire et la prise en charge totale des frais de scolarité pour les moins favorisés : autrement dit à un système de « vouchers » à l'anglo-saxonne leur permettant notamment d'aller dans le privé. Cette solution est de loin préférée à l'idée de scolariser l'ensemble des Français dans un système unique (25 %) ou d'imposer des quotas contraignant les établissements les plus performants à prendre des élèves de différents niveaux et origines sociales (15 %)..