SEPTENTRION - En immersion dans une unité de combat contre le terrorisme au Sahel - De François-Régis Dabas



Après le retrait précipité de la force Barkhane du Mali en novembre 2022, la perte de 58 soldats français sur ce théâtre d’opération continue de hanter les mémoires. Dans son ouvrage intitulé Septentrion, le colonel François-Régis Dabas tente de dissiper les doutes, l’amertume et le chagrin en plongeant le lecteur dans un récit de guerre intense et en recontextualisant l’engagement français au Mali. Un livre à lire absolument sur le sens de la vie et de l'engagement.


Dans ce récit de guerre d'une rare intensité, le lecteur est plongé au sein d'une unité de combat, lors de l'opération Barkhane. Sa mission : frapper au coeur du repaire djihadiste.
Dans l'environnement fascinant du désert, au coeur du territoire touareg, le colonel Dabas, commandant le Groupement tactique désert Ardent, raconte l'action sans relâche de ces hommes d'honneur, que les circonstances extrêmes subliment. Il nous fait partager le danger omniprésent, la prise de risque nécessaire
pour remplir la mission, la fraternité d'armes, les joies et les peines. Il plonge le lecteur dans les dunes de sable, sous une chaleur écrasante, où la mort peut surgir à tout instant et où la ruse du tacticien, la bataille de l'influence et la force morale sont aussi décisives qu'un canon de 155mm.
À l'heure où la France vient de mettre un terme à Barkhane, Septentrion permet de mieux comprendre la complexité de cette opération et ses enjeux. 



Réflexion sur l’engagement de la France au Mali (2013-2022)



De l’intervention française au Mali, les Français se souviennent que dès 2013, des troupes avaient été déployées dans le cadre de l’opération Serval, puis de l’opération Barkhane, un an plus tard, pour lutter contre les groupes armés salafistes djihadistes au Sahel et au Sahara, et ce, à la demande du gouvernement malien. Au cours de la dernière décennie, l’armée française perdit 58 soldats sur ce théâtre d’opération. Les cérémonies funèbres se succédèrent dans la cour d’Honneur de l’Hôtel national des Invalides à Paris en hommage à ces valeureux combattants tombés au combat, avec en point d’orgue la mort de treize soldats français, le 25 novembre 2019.

Hommages aux morts

Le 4 janvier 2021, alors que trois soldats français venaient de perdre la vie au Mali, la sergent Yvonne Huynh, 33 ans, mère d’un garçon de 12 ans, fut la première femme tuée au combat depuis le début de l’intervention française au Sahel. Cette mère de famille est décédée dans l’explosion de son véhicule blindé, tout comme son jeune camarade, le brigadier Loïc Risser âgé de 24 ans, provoquant un choc dans l’opinion publique.

En France, l’année 2021 fut par conséquent celle du doute et de la peur de l’enlisement, d’autant que l’on apprit que les nouvelles autorités maliennes parvenues au pouvoir après le coup d’Etat du mois d’août 2020, s’appuyaient désormais, aux dépens des Français, sur les mercenaires de la société militaire privée russe Wagner pour combattre les rebelles djihadistes du Nord-Mali. Le 9 novembre 2022, Emmanuel Macron annonça soudain la fin de l’opération Barkhane1. La France allait retirer ses troupes. Une question surgit : à quoi avait donc servi la mort de tous ces soldats français au fil de ces années si éprouvantes pour les familles de ces militaires ?

Dans son ouvrage intitulé Septentrion2, le colonel de l’armée de terre, François-Régis Dabas, tente de dissiper les doutes, l’amertume et le chagrin en plongeant le lecteur dans un récit de guerre intense et en recontextualisant l’engagement français au Mali. Lui, reste convaincu que, « peu importe finalement l’engrenage qui mène à la fin d’Illion, ce sont les exploits des Achéens et des Atrides qui nous intéressent, pour goûter leurs vertus héroïques et faire grandir notre humanité ! ».

Au sein du Groupement tactique « Désert ardent » (GTD Ardent), l’unité de combat qu’il commanda au Nord du Mali, le colonel Dabas a participé, entre septembre 2016 et février 2017, à une phase décisive de l’opération Barkhane. Il a mené un combat direct contre Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) sur un terrain-clé, l’Adrar des Ifoghas, en plein cœur de l’Azawad, l’un des principaux massifs montagneux du Sahara. « Dans les périphéries du Sud algérien et du Nord malien, c’est le territoire des Touaregs qu’aucun des deux Etats concernés ne contrôle véritablement » écrit-il3. A la suite de la guerre civile algérienne (1991-2002) et de la guerre en Libye en 2011, l’Azawad est devenu un repaire de groupes salafistes djihadistes alimenté par un afflux de combattants. C’est sur ce territoire que la guerre au Mali avait éclaté en 2012 après que les rebelles touarègues en eurent proclamé l’indépendance. La France y a agi en partenariat avec la Mauritanie, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad et elle y a augmenté ses effectifs déployés dans le cadre de Barkhane de 3000 soldats au début de l’opération, jusqu’à plus de 5000 en février 2020.