Programmation militaire 2024-2030 : encore insuffisant - De la fondation IFRAP
L’irruption du conflit ukrainien en février 2022 nous donne un aperçu de ce à quoi peut ressembler un conflit majeur au XXIe siècle, notamment contre une armée de premier rang. Un type de guerre qui, semblait-il, n’avait pas été observé à cette échelle depuis près de trois décennies.
Au-delà du soutien immédiat apporté à l’Ukraine, nombreux sont les pays occidentaux à planifier un accroissement de leur effort de défense. Cette prise de conscience apparaît comme salutaire, de la part de nombreux États européens qui n’ont eu de cesse de diminuer leurs volumes de forces depuis des années. Mais ces efforts ne sauraient porter leurs fruits immédiatement, tant les lacunes sont profondes.
La France ne fait pas vraiment exception : des années de réformes militaires, de contraction des efforts financiers alloués, ont durablement entamé l’épaisseur de nos forces, leur potentiel opérationnel et leurs capacités à durer. Malgré une Loi de Programmation Militaire (LPM) 2019-2025, dite « de réparation », pour l’instant exécutée presque à l’euro près, le conflit ukrainien a mis en exergue les failles de notre modèle, au point de forcer le président de la République à lancer le chantier d’une nouvelle LPM 2024-2030 qui devra adapter notre effort de défense à la nouvelle situation géostratégique et transformer nos armées en conséquence.
Dans les faits, cette transformation masque en réalité un certain saupoudrage de moyens sur un modèle inadapté et qui demeure échantillonnaire. Cette étude présente les leçons qui peuvent être tirées des combats et compare les évolutions budgétaires et capacitaires de plusieurs pays occidentaux dans le but de caractériser plus précisément la place de la France en termes d’effort de défense. Nous nous attacherons ainsi à explorer les dimensions stratégiques, financières et capacitaires de la prochaine Loi de Programmation Militaire (LPM) française ainsi que sa portée réelle, considérant les enseignements de la première guerre majeure survenant depuis 1945 sur le vieux continent.
La proposition de la Fondation IFRAP
La Loi de Programmation Militaire 2024-2030 sera probablement la LPM la plus déterminante des quatre dernières décennies. Pour permettre de répondre à la majorité de nos lacunes capacitaires tout en augmentant le format des forces, la Fondation IFRAP recommande, en plus du vote de la prochaine LPM, la mise en place d'une enveloppe spéciale de 57 milliards € (soit 8 milliards € de plus en moyenne par an), sur le modèle allemand.
Ce fond permettrait en outre de fixer une trajectoire réelle allant vers un budget militaire de 2 % du PIB (hors ressources exceptionnelles) dès 2027.
Budget militaire : la France doit se doter d'un fonds spécial de 57 milliards
La Loi de Programmation Militaire 2024-2030 sera probablement la LPM la plus déterminante des quatre dernières décennies. Pour permettre de répondre à la majorité de nos lacunes capacitaires tout en augmentant le format des forces, la Fondation IFRAP recommande, en plus du vote de la prochaine LPM, la mise en place d'une enveloppe spéciale de 57 milliards € (soit 8 milliards € de plus en moyenne par an), sur le modèle allemand. Ce fond permettrait en outre de fixer une trajectoire réelle allant vers un budget militaire de 2 % du PIB (hors ressources exceptionnelles) dès 2027.
Pour atteindre les 2% du PIB, la France doit se doter d'un fonds spécial à l'allemande
Le 20 janvier 2023, le président a présenté les grandes orientations de la future LPM 2024-2030 à l’occasion de ses vœux aux armées. Déposée au Parlement le 4 avril pour un vote à l'été, et actuellement en examen après un passage au Conseil Constitutionnel, cette future LPM devrait doter les armées de 413,3 milliards € au total pour « transformer » les armées selon plusieurs axes, dont le renforcement significatif des capacités cyber et des services de renseignement ou encore le durcissement des forces de souveraineté.
Si de nombreux détails demeurent encore inconnus, faute de dossier législatif complet, plusieurs sources (dossier du ministère des Armées et rapport annexé) permettent de synthétiser la vision gouvernementale. Sur le plan budgétaire, 413,3 milliards € sur 7 ans, c’est 40 % de moyens supplémentaires par rapport à la LPM précédente, qui prévoyait 295 milliards de 2019 à 2025. Les moyens devraient continuer d’être alloués sous forme de marches budgétaires supplémentaires de 3 milliards (3,1 pour 2024) € par an en 2025, 2026 et 2027, puis de 4,3 milliards en 2028, 2029 et 2030. Le palier des 2 % du PIB dévolu à notre effort de défense devrait être franchi en 2025.
En tout état de cause cette hausse des moyens à 413 milliards € sur 2024-2030 semble être, dans le paysage des dépenses publiques actuelles, le maximum que nous puissions faire, compte tenu du niveau de dépenses publiques, mais dans des secteurs non régaliens que l’État n’a de cesse de vouloir investir au détriment de ses missions régaliennes originelles. Dans notre dernière étude sur les armées, nous avions établi une première fourchette du besoin en crédits nécessaire pour permettre à nos armées de remplir avec un confort relatif ce que demandent les contrats opérationnels actuels.
Outre une trajectoire allant vers un budget militaire approchant 2 % du PIB en 2030 (soit 70 milliards € par an) sur laquelle il semble y avoir de facto consensus aujourd’hui, une enveloppe de 50 milliards répartie de 2023 à 2030 sur le modèle allemand du fond extraordinaire (soit 7 milliards de plus par an) permettrait de répondre à la majorité de nos lacunes capacitaires tout en augmentant les formats des forces : 100 000 hommes pour la FOT ; une flotte de 40 hélicoptères de transport lourds ; le passage à une flotte de 300 Rafale ; l’acquisition de 5 frégates de premier rang supplémentaires ; 2 SNA supplémentaires ou encore l’acquisition de 10 corvettes. 50 milliards € peuvent paraître beaucoup, mais en vérité, c’est la volonté politique de réformer notre État en profondeur qui fait défaut, et qui, indirectement, a des conséquences délétères sur nos capacités à investir dans notre défense nationale.
Loi de programmation militaire: le fonds spécial de 57 milliards d’euros rêvé par l’iFRAP
Pour une fois, la Fondation iFRAP et sa directrice Agnès Verdier-Molinié ne demandent pas une baisse de la dépense publique et une réduction du nombre de fonctionnaires. Bien au contraire ! S’agissant de la défense, l’iFRAP estime « encore insuffisant » le projet de Loi de programmation militaire (LPM, 2024-2030) qui arrive ce lundi en discussion à l’Assemblée nationale.
Dans une note très documentée d’une vingtaine de pages, à laquelle l’Opinion a eu accès en avant-première, l’iFRAP propose la création d’un « Fonds spécial » qui viendrait s’ajouter au 413 milliards déjà prévu par la LPM. Cette « programmation additionnelle » est inspirée du modèle allemand, avec le fonds spécial de 100 milliards annoncé par le chancelier allemand Olaf Scholz dès février 2022. L’iFRAP avance un montant de 57 milliards sur sept ans, soit un peu plus de 8 milliards chaque année. Le montant des crédits militaires atteindra donc un total de 470 milliards sur la période 2014-2030, soit 13 % de plus que ce que prévoit la LPM.
Dans une note très documentée d’une vingtaine de pages, à laquelle l’Opinion a eu accès en avant-première, l’iFRAP propose la création d’un « Fonds spécial » qui viendrait s’ajouter au 413 milliards déjà prévu par la LPM. Cette « programmation additionnelle » est inspirée du modèle allemand, avec le fonds spécial de 100 milliards annoncé par le chancelier allemand Olaf Scholz dès février 2022. L’iFRAP avance un montant de 57 milliards sur sept ans, soit un peu plus de 8 milliards chaque année. Le montant des crédits militaires atteindra donc un total de 470 milliards sur la période 2014-2030, soit 13 % de plus que ce que prévoit la LPM.



