La psychiatrie française en état d’urgence absolue - Par Nicolas Baverez

Le Covid-19 a terriblement dégradé la santé mentale des Français, dans un secteur déjà désaffecté. Il faut agir vite, dans l’intérêt de toute la nation.


Sous la levée par l'OMS de l'état d'urgence sanitaire mondial concernant l'épidémie de Covid-19 qui a fait plus de 20 millions de morts, pointe la priorité que constitue la santé mentale. Sur les 8 milliards d'hommes que compte notre planète, une personne sur cinq souffre de troubles psychiatriques et une sur cent de schizophrénie.

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En France, avant l'épidémie, 13 millions de personnes étaient victimes de pathologies mentales : dépression (8,8 % de la population), troubles bipolaires (1,2 à 5,5 %) et troubles du spectre de l'autisme (1 %). La pandémie a entraîné une spectaculaire dégradation de l'état de santé mentale des Français, tant du fait de la maladie – le Covid entraînant des symptômes neuropsychiatriques chez un tiers des personnes infectées – que des troubles créés par les confinements. Un Français sur quatre est désormais atteint de maux psychiatriques. Les troubles anxieux et dépressifs sont en hausse de 30 %, les addictions de 50 % et les suicides de 10 %. Les idées suicidaires et tentatives de suicide ont fortement progressé, particulièrement chez les jeunes filles de 10 à 24 ans ; elles aboutissent à 9 200 décès par an, soit l'un des taux les plus élevés d'Europe (12,5 suicides pour 100 000 habitants contre 10,3 en moyenne).


La modernisation de la psychiatrie en France ne constitue pas seulement un impératif de santé publique ; elle est indispensable pour améliorer notre compétitivité, pour renforcer la résilience de la nation et pour respecter les droits humains. Au mot d'ordre « Stigmatiser, contrôler et reléguer », nous devons substituer la devise « Prévenir, guérir et innover ».