Emeutes : «La mort tragique du jeune Nahel n’est qu’un prétexte» - Par Pascal Bruckner

Le déchaînement de violence dépasse l’émotion légitime liée à la mort tragique du jeune Nahel, analyse le philosophe. Il révèle, selon lui, un profond rejet de l’État français dans toutes ses institutions, en partie alimenté par les discours incendiaires d’une certaine gauche.


LE FIGARO. - L’émotion légitime après la mort du jeune Nahel durant un contrôle de police excuse-t-elle les violences non seulement à l’égard des policiers mais aussi des pompiers ainsi que les voitures et les écoles brûlées?

Pascal BRUCKNER. -
La bavure policière de mardi n’est qu’un prétexte qui a déclenché une colère pavlovienne. C’est une dramaturgie parfaitement coordonnée où les émeutiers répondent à un scénario déjà écrit depuis au moins 2005. Les violences sont permanentes dans les quartiers, elles forment un peu la bande-son de la vie quotidienne, mais, à l’occasion de ce drame, elles vont pouvoir se déployer en grande pompe. Ce sont les vacances d’été qui commencent pour les jeunes mutins avec des nuits qui promettent d’être chaudes. Remarquons que toutes les vies ne se valent pas: la mort d’un policier ou son embrasement par un cocktail Molotov ne suscitent aucune émotion, sinon les applaudissements de certains aux cris de «poulet grillé».

Comme chaque fois dans ce type d’embrasement, les préoccupations du narcotrafic se mêlent à un rejet de l’État français dans toutes ses institutions et à un vertige nihiliste qui consiste à détruire ce qui est censé améliorer la vie de chacun. Ce vandalisme, hélas, n’est pas le propre des banlieues, il a été à l’œuvre lors des manifestations des «gilets jaunes» en 2019, en 2022 et 2023 pour les retraites avec les black blocs, les antifas et autres trublions. Le vrai cauchemar en l’occurrence serait l’alliance des Soulèvements de la Terre et des émeutiers des quartiers, des bobos verts et des néoprolétaires rejouant une impossible et introuvable révolution. Les quatre mois de chaos et d’hystérie dont nous sortons à peine ont laissé des traces: on ne déchaîne pas la violence impunément. C’est un feu qui se propage avec un mimétisme stupéfiant. Plus on la tolère, plus elle devient le seul langage du conflit. On frappe d’abord et on discute ensuite.