Jean-Eric Schoettl : "Le problème des abayas montre que nous n’avons rien retenu de la leçon des foulards de Creil"
La question du port de l'abaya dans les établissements scolaires – longue robe traditionnelle portée au Moyen-Orient – explose depuis plusieurs semaines grâce à un flou sur son caractère religieux. Pour le constitutionnaliste Jean-Eric Schoettl, récent démissionnaire du Conseil des sages de la laïcité après la réforme de celui-ci par Pap Ndiaye, il s'agit d'un port ostentatoire de vêtements religieux au sens de la loi de 2004 : l'abaya doit donc être interdite.
Marianne : Le port de l’abaya, longue robe traditionnelle couvrant le corps, suscite régulièrement des débats dans certains collèges et lycées français. Que dit la loi sur ce sujet ?
Jean-Eric Schoettl : Ne faisons pas semblant de ne pas voir : le port de l’abaya conduit l’élève qui la revêt, quels que soient les « éléments de langage » dont elle assortit ce port (« c’est ma liberté vestimentaire, c’est la mode ») à destination des responsables de l’établissement, à se faire immédiatement reconnaître par son appartenance religieuse. Or, comme le souligne la circulaire du 18 mai 2004, prise pour l’application de la loi de 2004, et comme l’a à nouveau précisé la circulaire signée en novembre dernier par l’actuel ministre de l’Éducation, les signes et tenues interdits par la loi du 15 mars 2004 sont ceux dont le port conduit « à se faire immédiatement reconnaître par son appartenance religieuse ». C’est le cas avec l’abaya, cette ample robe si visible qui nous vient du Moyen-Orient.
Outre le port ostentatoire de vêtements et signes religieux « par nature » (comme le voile islamique), la loi interdit le port de tenues qui ont clairement comme objectif de manifester ou de revendiquer une appartenance religieuse, même sans prosélytisme. Au sens de la loi du 15 mars 2004, est religieux tout signe ou toute tenue qui traduit une intention d’ostentation religieuse.
Pourtant, Le CFCM (Conseil français du culte musulman) a déclaré que l'abaya n’est pas un signe religieux musulman…
Vêtement non religieux du point de vue théologique ? Fort bien. Le CFCM est le mieux placé pour le dire. Je me réjouis de cette position en espérant qu’elle découragera certaines de revêtir ce vêtement. Mais la question n’est pas là. Ce qui compte, au sens de la loi de 2004, c’est l’intention d’ostentation religieuse. Elle crève les yeux avec l’abaya comme avec le qamis.
De même que la loi de la République n’a pas à dicter leur dogme aux croyants, sa portée normative n’a pas à être fixée par une instance confessionnelle. C’est cela la séparation des Églises et de l’État : une autonomie réciproque.
