Les nouveaux "réacs" de gauche - Par Alix L'Hospital

Angèle, François Ruffin, Blanche Gardin… Ils sont passés d’icônes du progressisme à "réactionnaires" en un claquement de doigts. Symptomatique d’une époque pour laquelle la cohérence intellectuelle est devenue synonyme de conservatisme.


C’est une parole lancée à la va-vite, un mauvais choix lexical, un silence coupable ou des accointances avec l’ennemi idéologique "qui en disent (trop) long"… A gauche, ces derniers mois ont été marqués par les excommunications en série - de celles qui valent à certaines icônes du progressisme d’être subitement affublées du tampon de "réac".

En 2023, le couperet ne tombe plus seulement sur les plus clivants de la famille, ou ceux dont la mue idéologique pouvait raisonnablement poser question (ce qui ne légitime en rien les attaques dont certains, tels Alain Finkielkraut, Sylviane Agacinski ou Eric Naulleau font l’objet). Désormais, la roulette des indignations peut s’arrêter sur la plus consensuelle des pop stars, le plus populaire des politiques ou la plus féministe des féministes.

Dernier en date : François Ruffin, qui faisait jusqu’ici figure de gendre idéal de la gauche, au point d’être pressenti pour prendre la succession de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle de 2027. Invité de Franceinfo, le 1er juin, le député LFI était interrogé sur les leçons à tirer de l’échec électoral du parti de gauche espagnol Podemos, qui a porté une loi permettant de changer de genre à 16 ans sans l’accord des parents. Réponse de l’intéressé : "Il faut reconstruire des ponts [entre les Français], réparer les fractures et pas les creuser davantage. Dans ce cadre-là, on ne devra pas faire tout ce qui nous passe par la tête, tout ce qu’on souhaite, tout ce qui est peut-être même bon en soi."