Quand la sobriété redevient une vertu - Par Ferghane Azihari

Longtemps raillée par la doxa keynésienne, la sobriété retrouve ses lettres de noblesse grâce à ce nouveau puritanisme qu’est l’écologie politique.


En 1905, le sociologue allemand Max Weber publiait un ouvrage tentant d'expliquer les inégalités patrimoniales entre protestants et catholiques dans son pays. La supériorité économique des protestants ne relevait pas d'une observation neuve. « Voyez les cantons protestants de la Suisse, riches, industrieux, et les petits cantons catholiques, arriérés et misérables ; l'Espagne à côté de l'Angleterre ; le Mexique à côté des États-Unis ; partout, partout, c'est la même chose », notaient sévèrement les écrivains français Émile Erckmann et Alexandre Chatrian en 1871.

L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme sont devenus une référence en sciences sociales. Le protestantisme valoriserait davantage l'effort et la frugalité. Il encouragerait ses adeptes au labeur et à l'épargne pour vérifier s'ils font partie des élus au Royaume des cieux. Dès lors, les protestants bénéficient d'une accumulation patrimoniale plus rapide que les jouisseurs invétérés. « L'ascétisme protestant, agissant à l'intérieur du monde, s'opposa avec une grande efficacité à la jouissance spontanée des richesses et freina la consommation, notamment celle des objets de luxe. En revanche, il eut pour effet psychologique de débarrasser les inhibitions de l'éthique traditionaliste, le désir d'acquérir », écrit Weber.