Robert Kaplan : « Il n’y a qu’en Occident que l’on s’excuse de son passé impérial »

Le géopolitologue, connu pour la précision de ses prédictions, partage son analyse sur le grand retour de l’impérialisme dans le monde non occidental.

PUBLICATION DU 25 JUIN 2022


La clairvoyance de certains analystes est parfois époustouflante. Robert D. Kaplan fait partie de ceux qui parviennent à voir le monde et à anticiper la direction qu'il prend de manière précise et limpide. Il y a quatre ans, le reporter et géopolitologue s'entretenait avec Le Point. Il nous disait voir germer un grand retour de l'impérialisme. Selon lui, nous arrivions dans un système néomédiéval où les puissances étatiques feraient de plus en plus appel à la violence pour satisfaire leurs ambitions territoriales. Au vu de la guerre en Ukraine et de la montée en puissance chinoise, force est de constater qu'il avait vu juste. Nous avons donc décidé de le recontacter afin qu'il nous donne sa lecture d'un monde toujours plus volatil, dans lequel l'Occident semble de plus en plus passif. Pour lui, alors que les États-Unis restent aujourd'hui la première puissance économique et militaire mondiale, la sortie du cadre international qui a prévalu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale s'accélère. Nous reviendrions, en fait, à un système plus ancien, qui fut la norme durant la plus grande partie de l'histoire de l'humanité : celle du système impérial. Pour Kaplan, la propension naturelle de l'humanité serait de créer des empires. Même en Europe, où l'UE est, pour lui, un « empire inoffensif ». Bien loin de condamner cette propension à l'impérialisme, il convient, selon lui, de la prendre en compte et de l'accepter comme un simple fait. Entretien.