Vers une guerre nucléaire sans le vouloir ? - Par Giles David Arceneaux, Rachel Tecott et Renaud Girard
Vers une guerre nucléaire par mégarde ?
Par Giles David Arceneaux et Rachel Tecott
Avec le conflit russo-ukrainien, les risques d’une escalade nucléaire sont encore réels. Et à chaque élargissement des objectifs, la Russie s’approche un peu plus du gouffre.
La guerre russo-ukrainienne continue, et la Russie comme l'Ukraine ont ajusté leurs objectifs stratégiques. La Russie a abandonné son objectif initial – s'emparer de Kiev et y installer un gouvernement pro-russe – après s'être heurtée à la résistance acharnée des Ukrainiens. Désormais, l'armée du Kremlin se concentre sur la conquête de l'est du pays et sur l'annexion de larges portions de ses territoires méridionaux. Du côté ukrainien, on compte parmi les objectifs minimaux le rétablissement de ses frontières d'avant-guerre, avec des dirigeants laissant même entendre qu'ils pourraient pousser leurs ambitions jusqu'à la reconquête des territoires perdus en Crimée et dans le Donbass depuis 2014.
Les objectifs stratégiques des États-Unis en Ukraine, aussi, ont tout de la cible mouvante. Selon le secrétaire à la Défense, Lloyd Austin, les États-Unis souhaitent non seulement que l'Ukraine reste un pays souverain et démocratique, mais aussi « voir la Russie si affaiblie qu'elle ne sera plus en mesure de réitérer ce qu'elle a fait en envahissant l'Ukraine ». Selon les promesses de la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, les États-Unis soutiendront l'Ukraine « jusqu'à la fin des combats ». Une ligne confirmée par le président Joe Biden, qui a déclaré que les États-Unis resteront aux côtés de l'Ukraine « aussi longtemps qu'il le faudra pour que la Russie ne puisse pas, en fait, vaincre l'Ukraine et s'en prendre à d'autres pays ».
«La Troisième Guerre mondiale sans le vouloir?»
Par Renaud Girard
Traversons-nous aujourd’hui, dans le détroit de Formose, une phase géopolitique dangereuse, qui rappellerait celle de l’Europe balkanique du début de l’été 1914? La Chine, les États-Unis et Taïwan avancent-ils désormais, comme des somnambules, vers la confrontation armée, à l’image de l’Autriche-Hongrie contre la Serbie, alliée de la Russie, après l’attentat de Sarajevo?
On peut se poser la question quand on constate les postures inutilement risquées choisies d’abord par les Américains, puis par les Chinois.
L’Américaine Nancy Pelosi, présidente démocrate de la Chambre des représentants, avait-elle vraiment besoin de se rendre à Taïwan le 3 août 2022, sachant que cette visite exaspérerait le pouvoir communiste chinois? N’était-il pas suffisant, pour le moral de la courageuse démocratie taïwanaise, que Joe Biden ait, dans une conférence de presse tenue à Tokyo le 23 mai 2022, assuré que l’Amérique interviendrait militairement si l’île était agressée par les forces de la Chine communiste? Après les protestations de Pékin, Washington avait précisé que rien n’avait changé au statu quo durant depuis 1978: l’Amérique ne reconnaissait officiellement qu’une seule Chine mais Pékin s’abstenait de prendre des mesures coercitives envers Taipei. Était-il nécessaire que Mme Pelosi, bête noire des Chinois communistes, en rajoute? Quels avantages diplomatiques offre donc la politique du chiffon rouge sous le nez du taureau?
