J'ai lu et aimé : La dictature des ressentis - De Eugénie Bastié

Aujourd’hui, la simple énonciation d’opinions contraires est perçue comme une agression. Dans son dernier essai, paru aux éditions Plon, recueil de ses chroniques publiées dans Le FigaroEugénie Bastié évoque les conversations civiques entravées avant même d'avoir commencé. Elle y déplore la baisse de niveau du débat intellectuel français. Pour tous ceux qui, cernés par les désastres en cours, se demandent s’ils vivent les derniers jours de la civilisation, ce livre est d’un grand secours.


"Notre civilisation reposait sur la raison, l'écrit, la lenteur, la longueur et la capacité d'abstraction. La nouvelle civilisation numérique repose sur l'émotion, l'image, la vitesse, l'extrait et la culture du témoignage (" moi je'). Aucune vérité universelle, aucun consensus politique ne sont atteignables dans un tel écosystème médiatique. Chacun se replie sur son moi, sur sa tribu. C'est ce que j'ai appelé la "dictature des ressentis' – pour ne pas dire la dictature du ressentiment –, sur laquelle prospère l'idéologie woke, cette idée que seul ce que je ressens comme une souffrance ou une liberté doit compter. À mesure que grandit le subjectivisme, grandit le sectarisme. Un sectarisme qui n'est plus idéologique mais compassionnel et sentimental.
Il n'y a plus de vérité universelle et "ma' vérité ne saurait être remise en cause au risque de me "blesser'. Celui qui crie le plus fort, celui qui se plaint le plus fort, a le plus de chances d'être entendu. C'est cette incommunicabilité des vécus qui rend désormais si difficile la vie en société. Dans ce chaos qui ressemble à une décadence, faut-il être progressiste ou réactionnaire ? Sommes-nous sur la pente inexorable du déclin, comme le pensent les deux Michel, Onfray et Houellebecq, ou bien à la croisée des chemins ?

Depuis plusieurs années, dans mon journal, je décrypte les ressorts de cette Déconstruction qui affecte notre société. Parce que la critique est aisée mais l'art difficile, j'essaie aussi de rendre hommage, à travers une série d'exercices d'admiration, à des figures du passé et du présent qui m'ont marquée, et dans lesquelles je puise pour mieux comprendre ce qui nous arrive.
Ce livre est un recueil de ces chroniques publiées dans Le Figaro. "

Éditeur ‏ : ‎ Plon (5 octobre 2023)
Langue ‏ : ‎ Français
Broché ‏ : ‎ 240 pages
ISBN-10 ‏ : ‎ 2259317596
ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2259317597
Poids de l'article ‏ : ‎ 330 gDimensions ‏ : ‎ 14.2 x 2.1 x 22.7 cm

On peut débattre de tout, mais pas avec n’importe qui !

Par Aziliz Le Corre

Ta pensée me fait souffrir. Quel fut le tort d’Eugénie Bastié pour s’attirer un tel grief ? A-t-elle tenu des propos répréhensibles ? A-t-elle appelé à la haine ou à une quelconque forme de discrimination ? Jamais. Ses positions sur le féminisme, le genre, l’immigration, l’islamisme peuvent déplaire, agacer, énerver, exaspérer même ! Mais aujourd’hui, la simple énonciation d’opinions contraires est perçue comme une agression. À la conversation civique s’est substituée la « dictature des ressentis ».

Élisabeth Lévy : «La Dictature des ressentis, d’Eugénie Bastié, une petite lumière dans la nuit»

Eugénie Bastié aime les idées. Toutes les idées, y compris celles qu’elle ne partage pas. Son métier consiste à « frotter sa cervelle contre celle d’austruy », comme le recommandait Montaigne. Non pas qu’elle prétende à une posture d’impartialité qui cache généralement un conformisme à toute épreuve – quand on n’a pas d’opinion, c’est qu’on a celle de tout le monde. La pétillante trentenaire (elle me pardonnera ce compliment sexiste et âgiste) ne cultive pas le trouble identitaire : elle se définit comme conservatrice, récusant le titre d’intellectuelle dont la gratifie ChatGPT.

Simplement, à la différence des prêcheurs qui peuplent plateaux et studios, méfiante à l’égard de ses propres certitudes, elle s’efforce de ne pas confondre son opinion avec la vérité. J’ajouterais qu’elle est une conservatrice joyeuse et bagarreuse, ce qui ne gâte rien. Cette époque consternante à maints égards est aussi l’âge du ridicule, manifeste notamment dans le salmigondis langagier du progressisme. Bastié sait s’en amuser. Comme elle sait enfiler sa tenue de combat et décerner quelques horions bien placés aux déconstructeurs qui prétendent nous priver, en les frappant de discrédit moral, tous les trésors et beautés légués par les siècles passés. Peut-être Bastié s’illusionne-t-elle en pensant que, face à la « cancel culture », au militantisme et à l’idéologie, « la liberté académique, la rigueur scientifique et la complexité morale » peuvent inverser le cours des choses. Peut-être est-il trop tard. Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre…


Le petit musée des horreurs d’Eugénie Bastié

Par Frédéric Magellan

C’est à peu près deux ans de vie intellectuelle qu’Eugénie Bastié recense dans La dictature des ressentis (Plon). Cette compilation de textes reprend peu ou prou les chroniques du Figaro de la journaliste, mais augmentée parfois de quelques rebondissements, par exemple les péripéties qui ont suivi la sortie de l’entretien accordé par Michel Houellebecq dans Front Populaire, fin 2022, et qui l’ont conduit à renier plus de vingt ans d’islamophobie décomplexée.


Eugénie Bastié ou le combat pour la liberté de pensée


Il est rare de lire un essai qui décrit, de façon très méticuleuse et argumentée, les maux qui affectent notre société. Dans La Dictature des ressentis, la journaliste du Figaro Eugénie Bastié « déconstruit » cette idéologie qui veut s’emparer de notre monde et qui ne cesse de faire des ravages. C’est l’idéologie du « ressentiment », le féminisme délirant, le postcolonialisme moralisateur ou le wokisme totalitaire. Elle décortique d’abord, analyse et fournit ensuite au lecteur des boucliers pour se protéger et des armes pour combattre. Il est question de l’homme enceint et/ou déconstruit, des trans et de la haine de la famille, de la théorie du genre et des indigénistes, de l’immigration et de la gauche bien-pensante. Rien ne lui échappe. Pour mieux appuyer son propos, Bastié honore ceux qui ne se sont pas égarés dans le brouillard du post-modernisme, ces intellectuels qu’il faut admirer et qui nous donnent des raisons d’espérer, parmi lesquels Alain Finkielkraut, Sylviane Agacinsky ou Pierre Manent. Elle trace aussi quelques portraits de grands anciens – Montaigne, Péguy, Barbey d’Aurevilly, Bernanos, Soljenitsyne – qui peuvent nous aider à mieux comprendre ce qui se passe aujourd’hui et nous donnent de la force pour affronter l’avenir.

« Nous sommes passés de l’Etat-nounou à l’Etat woke, écrit l’auteur. De l’Etat qui protège à l’Etat qui déconstruit. Du « fais pas ci, fais pas ça « , au « ne sois pas ci, ne sois pas ça « . Le despotisme « absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux « , que décrivait Tocqueville dans De la démocratie en Amérique, s’attelle désormais à l’intimité la plus profonde, le rapport d’un père à son fils ». Eugénie Bastié se considère comme une véritable conservatrice, mais elle a très bien saisi aussi le rôle néfaste d’un Etat français omnipotent, tant sur le plan sociétal qu’économique. Son livre est un travail de salubrité intellectuelle. Une enivrante bouffée de liberté.

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