«Arménie, Irak, Syrie, Gaza... En 2023, la situation des chrétiens d’Orient s’est aggravée partout» - Par Tigrane Yégavian

Dans une indifférence relative ou à géométrie variable, le nombre de chrétiens d’Orient n’a cessé de diminuer cette année, alerte Tigrane Yégavian, chercheur à l'institut chrétiens d'Orient et auteur de «Minorités d'Orient les oubliés de l'Histoire» (Rocher).


LE FIGARO. - Irakiens, Arméniens Égyptiens, Libanais, Palestiniens, Syriens… En cette période de Noël, quelle est la situation des Chrétiens d'Orient ?

Tigrane YÉGÉVIAN. -
La situation des chrétiens d'Orient est mauvaise. L'Arménie vient de perdre son berceau et son bouclier, à savoir l'Artsakh (le Haut Karabakh), suivi d'un nettoyage ethnique dans l'indifférence quasi générale de la communauté internationale, étant donné que ni l'UE ni les États-uniens n'ont appliqué un régime de sanctions contre le régime azerbaïdjanais agresseur. L'Église d'Irak s'est vidée de ses fidèles à hauteur de 90% . Ils étaient un peu plus d'un million avant l'invasion du pays par les Américains, ils ne sont à peine plus de 100.000 aujourd'hui. Les 10% restants sont plus divisés que jamais dans un contexte d'effondrement de l'État irakien. Les chrétiens de Syrie ont perdu environ la moitié des leurs. Ils ne se sont pas remis de la décennie de guerre, du régime de sanctions internationales suivi des effets désastreux du tremblement de terre. Le clergé syrien est épuisé par ces années de guerre, de privations et de sanctions qui empêchent d'entrevoir toute reconstruction, ni de se projeter dans l'avenir. Le sentiment d'abandon, de quête de sens est omniprésent, alors qu'objectivement dans le contexte dramatique actuel, ils n'ont plus que leur foi comme boussole.

L'effondrement de l'État libanais et de son économie pousse chaque année des dizaines de milliers de jeunes chrétiens diplômés à émigrer. Les chrétiens de Palestine sont pris dans un étau mortifère entre l'enclume islamiste et le marteau de l'occupation israélienne. Les chrétiens d'Égypte souffrent à la fois du sectarisme de la population et de la crise économique aggravée par les retombées de la guerre à Gaza. La petite communauté chrétienne de Gaza est à ce titre particulièrement éprouvée.

Les chrétiens de Palestine sont pris dans un étau mortifère entre l'enclume islamiste et le marteau de l'occupation israélienne.

Le christianisme s'éteint à petit feu sans coup férir, sans massacres de masse.

«Arménie, Irak, Syrie, Gaza... En 2023, la situation des chrétiens d’Orient s’est aggravée partout» (lefigaro.fr)