Zones à faibles émissions (ZFE), courage fuyons...
Les Zones à faibles émissions (ZFE), qui visent à interdire la circulation dans les agglomérations des véhicules anciens pour limiter la pollution atmosphérique, sont devenues un véritable casse-tête pour le gouvernement et les collectivités locales. Elles reviennent de fait à instaurer une ségrégation sociale et géographique. La France périphérique se voit en quelque sorte assignée à résidence et tout cela pour des gains finalement limités en matière de réduction de la pollution atmosphérique. Elles devaient entrer en vigueur en 2020… On verra fin 2025. Et plus personne ne comprend le calendrier. Car les subterfuges se succèdent pour retarder sans cesse les échéances. Dernier en date, l’installation des radars permettant de sanctionner les contrevenants est repoussée à la fin de l’année 2025.
Les Zones à faibles émissions (ZFE) étaient considérées comme un instrument majeur de la politique du gouvernement pour contraindre les automobilistes français à moins utiliser leurs véhicules anciens à moteurs thermiques dans toutes les agglomérations. Le ministre de la Transition énergétique, Christophe Béchu, en était un fervent et inconditionnel partisan. Mais c’est aussi de fait une forme aigüe de ségrégation sociale et géographique. La France périphérique – celle de la « clope et du diesel » pour reprendre l’expression en 2018, lors de la crise des Gilets jaunes, de Benjamin Griveaux alors porte-parole du gouvernement – se voit en quelque sorte assignée à résidence. L’ancien député socialiste de Gironde Gilles Savary, auteur du livre La Ville inaccessible, va jusqu’à qualifier les ZFE « d’apartheid socio-territorial ». Il explique que «la ville va y gagner en tranquillité publique, en convivialité et en qualité de vie au bénéfice exclusif des résidents aisés, dans la plus souveraine indifférence à l’égard des visiteurs extérieurs dont la plupart assurent quotidiennement le fonctionnement ».
Gagner du temps
Et tout cela pour des gains finalement relativement limités. L’objectif annoncé, réduire la pollution atmosphérique, n’est pas contestable. Mais l’efficacité de la méthode l’est. Ce qu’a démontré de façon spectaculaire, et passée inaperçue, l’année 2020 quand des pics de pollution ont été enregistrés pendant les périodes de confinement… Il y a eu trois alertes aux particules fines en 2020 en Ile-de-France, dont deux pendant les périodes de confinements marquées par une très forte baisse de la circulation automobile. Rappelons que les émissions les plus dangereuses pour la santé, celles de particules fines, ne sont liées que de façon minoritaire à la circulation routière (entre 25 et 34% en Ile-de-France et entre 13 et 15% dans le reste du pays).
Les ZFE devaient exclure dans un peu plus d’un an plus de 40% des automobilistes, les plus modestes, des agglomérations de plus de 150.000 habitants et plus de 70% deux années plus tard… Mais les craintes sur les conséquences politiques et sociales de la mise en place autoritaire de ses zones grandissent. En dépit des engagements répétés de ne pas revenir [...]
