Pisa 2022 : les garçons encore à la traîne, les filles en chute accélérée - par Laetitia Strauch-Bonart

Une mauvaise nouvelle ne venant jamais seule, les derniers résultats de l’enquête PISA ne montrent pas seulement une baisse générale des performances des pays de l’OCDE en mathématiques et en lecture (les sciences restent épargnées par le marasme) mais aussi des difficultés spécifiques aux filles et aux garçons.


Premier constat, en lecture, la tendance observée dans les vingt-deux dernières années se confirme. Dans chacun des pays de l’OCDE, les garçons sont à la traîne. Les écarts entre les deux sexes sont impressionnants : en moyenne, les filles surpassent les garçons de 24 points en 2022 (30 points en 2018), ce qui équivaut à environ une année scolaire de décalage. En France, l’écart est de 20 points (25 en 2018). Pour toute l’OCDE, les élèves en grande difficulté en lecture, de surcroît, sont plus nombreux parmi les garçons (31% d’entre eux) que les filles (22% d’entre eux). Si les garçons surpassent les filles en mathématiques, l’écart est nettement plus faible : 9 points pour l’OCDE en 2022 (5 en 2018) et 10 pour la France à la même date (6 en 2018). En science, l’écart est très faible et non statistiquement significatif.

Alors que les différences de performance des deux sexes en mathématiques sont soulignées depuis longtemps par l’Education nationale, l’important retard des garçons en lecture ne semble guère intéresser le ministère. Il ne doit pourtant pas être pris à la légère car l’aisance en lecture conditionne la compréhension de toutes les autres matières, la suite du cursus éducatif et l’obtention future d’un emploi.

Second constat de PISA 2022, tout aussi inquiétant, la baisse de niveau se produit pour les deux sexes et elle est plus forte chez les filles que chez les garçons. En mathématiques, dans l’OCDE, les filles ont perdu 19 points entre 2018 et 2022, 23 points en France. Les garçons, eux, ont reculé de "seulement" 15 et 20 points. Même en lecture où elles sont meilleures en valeur absolue, la chute des filles est de 14 points dans l’OCDE et 21 en France, versus 8 et 16 pour les garçons.

Les différences moyennes de performance entre garçons et filles sont connues depuis longtemps et s’expliquent par une multiplicité de facteurs. En moyenne plus assidues, plus obéissantes, plus calmes à l'école, les filles sont aussi davantage intéressées par les matières littéraires que scientifiques. L’existence de "stéréotypes" de genre, c’est-à-dire de représentations des deux sexes qui seraient reproduites par imitation, constitue une partie de l’explication mais ne suffit pas à expliquer l’entièreté de ces différences.

La psychologie comportementale, qui prend en compte les dimensions biologiques du comportement humain, propose d'autres interprétations de ces différences. L'une d'elles est le fort taux de testostérone présent chez les garçons et son augmentation constante pendant l'adolescence, cette hormone étant associée à l’impulsivité, à l’agressivité et à la confiance en soi. L'autre est le constat de différences moyennes de préférences entre les deux sexes. De nombreux travaux ont en effet permis de montrer qu’entre les "personnes" et les "choses", les femmes s’intéressaient en moyenne davantage aux premières et les hommes aux secondes. Cette distinction, qui rejoint celle existant entre matières littéraires et scientifiques, se retrouve chez les nourrissons et même certains primates, ce qui laisse penser qu’elle possède une base biologique.

L'ensemble de ces propositions suggère que les stéréotypes sont autant le fruit de différences authentiques que la cause de ces différences. Ce faisant, ces connaissances pourraient aider à mieux enseigner, non pas en tentant de dissuader garçons et filles d’adopter les comportements typiques associés à leurs sexes, c'est-à-dire en luttant contre leurs points forts, mais en se concentrant sur leurs points faibles pour les contrebalancer.

Pour finir, la baisse importante des scores féminins en lecture et en mathématiques reste quant à elle difficilement explicable, y compris en France où elle est supérieure à celle observée dans l’ensemble de l’OCDE. Le rapport PISA n’offre pas d’interprétation spécifique à cette tendance, mais il est sans nul doute inquiétant que les filles perdent du terrain dans leur domaine de prédilection. En l’espèce, il serait fort dommage qu’en lecture, les filles deviennent des garçons comme les autres.