Cette stratégie de victimisation déployée par certains leaders musulmans pour masquer l’offensive islamiste lancée sur l’Europe - Par Alexandre Del Valle
Ce déni de responsabilité de l’islam dans les attentats islamistes permet aux responsables musulmans de ne pas remettre en cause les textes qui légitiment les trois grandes infériorités de la femme par rapport à l'homme, l'esclave par rapport au maître et le non-musulman par rapport au musulman.
Atlantico : 24h après l'attentat qui a eu lieu à Paris, au Pont de Bir-Hakeim, la Grande Mosquée de Paris a réclamé une meilleure protection des lieux de culte musulmans vis-à-vis de l’ultra-droite. Le recteur de la Grande Mosquée de Paris utilise-t-il la stratégie victimaire qui est une des armes des islamistes ?Alexandre del Valle : Dans toute technique de manipulation, il y a toujours trois lettres : le D de diaboliser, le C de culpabiliser, le R de retournement, de renversement. Dans ce cas précis, nous sommes dans le R, dans le D, dans le C puisque l’on retourne la responsabilité. Des musulmans tuent chaque semaine des mécréants, mais ce sont les musulmans qui seraient en danger. C'est assez ubuesque. Un esprit sain serait choqué, et trouverait cela indécent alors que c'est classique dans une stratégie de manipulation.
Nous avons le D de diaboliser puisque le vrai diable, c'est l'extrême droite. Les gens qui tuent des mécréants le font parce que les musulmans sont persécutés. Finalement, le vrai responsable, c'est le tueur de musulmans imaginaire chez nous. Puisque l’on nous fait croire que la France c'est Israël ; lorsque des musulmans sont tués en Israël, c'est comme s’ils étaient tués en France. Le musulman qui tue un mécréant chaque semaine en France ne fait que répondre à des attaques, c’est-à-dire des blasphèmes punis de mort par la charia. Nous sommes responsables collectivement. Avec le C, nous sommes culpabilisés d'être des horribles racistes puisque l'islamophobie serait une nouvelle forme de racisme qui n'a rien à voir avec la race. Enfin le R de renversement, on renverse les responsabilités.
Alors pourquoi la mosquée de Paris est un islamisme radical ? Parce que dans le R de renversement, ce n’est pas seulement celui qui est coupable qui inverse les rôles mais aussi celui qui ne veut pas se remettre en question. L'islam « normal » ou orthodoxe ne parle pas de l'islam modéré réformiste avec lequel je travaille, mais d'Islam Officiel, que ce soit Al-Azhar en Egypte, le CFCM en France. A chaque fois qu'il y a un attentat islamiste, nous nous sentons gêné puisque l'Islam Officiel ne se sent pas responsable, ce qui serait normal.
Il faut balayer devant sa porte et reconnaître qu'il y a un problème dans l'islam puisque l'islamisme s'appuie sur des pans entiers de la charia qui permettent le meurtre des mécréants. Ce déni de responsabilité de l’islam dans les attentats islamistes lui garde de remettre en cause ses textes qui légitiment les trois grandes infériorités de la femme par rapport à l'homme, l'esclave par rapport au maître et le non-musulman par rapport au musulman. Textes qui sont enseignés officiellement dans nos écoles, nos banlieues, dans le monde entier. Ces textes qui se trouvent dans la charia et dans le droit islamique, constituent le b.a-ba. La charia permet par ailleurs le meurtre du blasphémateur, de l'apostat et du païen. Cela fait beaucoup de choses en conflit total avec notre ordre juridique et nos valeurs.
Si l'islam se sentait un peu responsable en disant « Nous condamnons des gens qui au nom de notre religion commettent ces actes », la suite logique serait de faire comme Chalghoumi ou comme Razika Adnani : bannir tous les passages de la charia qui sont criminels du point de vue de notre ordre juridique et qui sont attentatoires aux libertés fondamentales. Lorsqu’il n’y a pas de volonté de se remettre en question, ce travail ne peut être réalisé, et c’est ainsi que sont renversées les responsabilités, avec la pratique du R, retournement. Il est donc structurellement et idéologiquement logique qu’à chaque fois qu'il y a un attentat commis au nom de l'islam et des musulmans, les instances officielles de l'islam ne condamnent jamais sans mettre un « mais ». Seul l'imam Chalghoumi précise qu’il ne met pas de « mais ». A part cet imam et quelques réformistes, l'islam officiel a toujours peur qu'un attentat islamiste devienne une occasion de remise en question de soi. Et donc il accuse l’autre.
