Islamophobie et antisémitisme: «Quand l’Union européenne cède au “statistiquement correct”» - Par Sami Biasoni

Dans un communiqué, la Commission européenne note «une augmentation alarmante des cas de discours et de crimes haineux», en renvoyant dos à dos la montée de l’antisémitisme et de l’islamophobie. Pour Sami Biasoni, cette étude révèle la manière biaisée dont les institutions européennes structurent leurs récits.


Sami Biasoni est docteur en philosophie de l'École normale supérieure et professeur chargé de cours à l'ESSEC. Il a dirigé en 2022 l'ouvrage collectif Malaise dans la langue française et a publié Le statistiquement correct aux Éditions du Cerf en septembre 2023.


«L'Europe connaît une augmentation alarmante des cas de discours et de crimes haineux. Les communautés juive et musulmane sont particulièrement touchées». Cette affirmation émane de la Commission européenne. Elle est détaillée dans un récent communiqué officiel intitulé «Pas de place pour la haine : une Europe unie contre ce fléau». Nul ne saurait supporter le fait que l'Europe puisse être en proie à une résurgence de la haine communautaire, ce qui trahirait nos idéaux les plus fondamentaux.

Les termes employés sont non seulement graves et emphatiques, mais aussi peu nuancés puisqu'ils mêlent des populations historiquement confrontées à des violences différentes en magnitude comme en nature. C'est pourquoi il est légitime de questionner les fondements argumentatifs et statistiques qui justifieraient un traitement indifférencié des situations actuelles des populations juives et musulmanes du point de vue des manifestations de haine qu'elles subissent. La lecture du rapport précité est à cet égard tout à fait instructive ; elle révèle la manière dont les institutions européennes structurent leurs récits.


Il ne s'agit pas là encore d'études académiques de portée statistique mais de travaux émanant de la « société civile » et réalisés sans méthodologie scientifiquement rigoureuse.

Aborder ces sujets sensibles avec la légitimité officielle de nos grandes institutions oblige du point de vue de la rigueur argumentative. La défiance face à nos institutions se nourrit déjà trop de ces irresponsables légèretés de traitement.