Arrêtons de planter des arbres ! Et celui qui le dit en a fait planter des milliards - Par Thierry Gauquelin


Thomas Crowther, professeur d'écologie à l’ETH de Zürich et ancien conseiller scientifique en chef de la campagne "Un milliard d'arbres" des Nations unies, a changé d’opinion et a dévoilé les limites des plantations massives d'arbres dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique.


Atlantico : L’écologiste Thomas Crowther, ancien conseiller scientifique en chef de la campagne "Un milliard d'arbres" des Nations unies, a changé radicalement d’opinion quatre ans après la parution de son étude montrant les capacités d’accueil de la Terre pour les arbres et les capacités des arbres à absorber le carbone. Il a supplié les ministres de l'environnement d'arrêter de planter autant d'arbres. Comment expliquer ce revirement ? Planter trop d’arbres est-il réellement contre-productif pour la protection de l’environnement ?

Thierry Gauquelin :
Plusieurs considérations scientifiques ont conduit Thomas Crowther, Professeur à l’ETH de Zürich à pointer les limites des plantations massives :

La capacité des plantations d’arbres à séquestrer du carbone a sans doute été surestimée, d’autant plus qu’il y a pour ces plantations beaucoup d’échecs notamment liées à la non adéquation des essences utilisées.

Ces plantations ne rendent pas les mêmes services écosystèmes que de « véritables forêts ». Souvent réalisées à partir d’une seule essence - on parle de plantations monospécifiques -, elles n’ont pas la même efficacité ni la même résilience que des peuplements mélangés ou que des forêts naturelles.

Faisant souvent appel à des espèces exotiques, elles peuvent de plus constituer une menace pour la biodiversité, à la base du fonctionnement harmonieux de ces écosystèmes.

Ces plantations sont de plus souvent réalisées suite à des coupes rases qui constituent des perturbations majeures pour ces écosystèmes.

Enfin, les dernières études conduites par Thomas Crowther l’incitent à privilégier aujourd’hui le potentiel des forêts existantes pour séquestrer ce carbone.