L’Espagne au cœur de la géopolitique migratoire de l’Europe - Par Catherine van Offelen
Après la fermeture de la route italienne, l’Espagne est devenue la principale porte d’entrée des migrants et réfugiés en Europe. D’abord favorable à cet afflux, notamment pour pallier sa démographie en berne, l’Espagne tente aujourd’hui de freiner ces arrivées. Mais elle subit la pression du Maroc, qui utilise ce levier comme arme diplomatique.
Article paru dans le numéro 48 de novembre 2023 – Espagne. Fractures politiques, guerre des mémoires, renouveau de la puissance.
Historiquement, l’Espagne fut une terre d’émigration. Jusque dans les années 1960, la pauvreté de son économie agraire et les conséquences de la guerre civile (1936-1939) conduisirent à un exode intense vers l’Amérique latine et l’Europe occidentale. Cette tendance s’inversa au cours des dernières décennies. La mort du général Franco en 1975 et le changement démocratique qui s’ensuivit, l’intégration dans l’Europe communautaire en 1986 et enfin la montée des prix dans presque tous les pays environnants ont provoqué l’apparition d’un flux en sens contraire. À l’émigration du passé se substitue actuellement une immigration massive, avec environ 400 000 arrivées en moyenne entre 2017 et 2020[1], faisant de l’Espagne le deuxième pays d’accueil en Europe après l’Allemagne.
L’Espagne, de l’émigration à l’immigration
Jusqu’à présent, l’Espagne était plutôt favorable à cet afflux. Tourisme, chantiers, agriculture, restauration : le pays connaît une pénurie chronique de personnel dans de nombreux domaines. C’est le grand paradoxe auquel doit faire face le royaume, dont le chômage grimpe à 13,7 %, soit un des taux les plus élevés de l’Union européenne. Depuis la pandémie de Covid, le manque de main-d’œuvre s’est encore accru dans plusieurs secteurs, mettant en péril l’activité économique.
En outre, la démographie en berne de ce pays de quelque 47 millions d’habitants inquiète. L’Espagne va devoir ouvrir ses portes, déclarait en substance le ministre espagnol en charge de la Sécurité sociale, de l’inclusion et des migrations, José Luis Escrivá, en 2020. Pour lui, ce ne sont pas moins de 8 ou 9 millions de personnes qu’il faudrait accueillir dans le pays « juste pour
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