Antisémitisme et wokisme : comme des relents nazis chez les universitaires américains - Par Niall Ferguson


Pour le grand historien Niall Ferguson, le monde académique américain n’est pas sans rappeler la « trahison des clercs » dénoncée par Julien Benda à la veille des années 1930.


Niall Ferguson, né en 1964 à Glasgow, est l'un des plus grands historiens britanniques. Ses travaux portent sur l'histoire de l'économie et de la finance. Après avoir été professeur à Oxford, il vit aujourd'hui aux États-Unis, où il siège au conseil d'administration de l'université d'Austin UATX et enseigne à Harvard et à la Hoover Institution de Stanford. Les éditions Saint-Simon ont publié en français son best-seller
Civilisations et, plus récemment, Apocalypses. De l'Antiquité à nos jours.

En 1927, le philosophe français Julien Benda publiait La Trahison des clercs, ouvrage fustigeant la descente des intellectuels européens vers les extrêmes du nationalisme et du racisme. À cette date, si Benito Mussolini était au pouvoir depuis cinq ans en Italie, il allait en falloir encore six à Adolf Hitler avant d'y parvenir en Allemagne, et treize pour sa victoire sur la France. Reste que, déjà, Benda percevait le rôle si pernicieux joué par bon nombre d'universitaires dans le champ politique.

Comme il l'écrit, les mêmes qui étaient censés poursuivre la vie de l'esprit avaient en réalité inauguré « le siècle de l'organisation intellectuelle des haines politiques ». Des haines déjà en train de quitter le terrain des idées pour rejoindre celui de la violence – avec des conséquences catastrophiques pour l'ensemble de l'Europe.

Un siècle plus tard, le monde universitaire américain aura emprunté une trajectoire politique inverse – en s'enfonçant vers l'extrême gauche, pas l'extrême droite – pour néanmoins aboutir grosso modo au même résultat. Et on peut aujourd'hui se demander si, contrairement aux Allemands, il nous reste de quoi éviter la catastrophe.