Attaque au couteau à Paris: faut-il vraiment interner les islamistes fichés S ? - Par Laurent Lemasson

Le docteur en droit Laurent Lemasson tire les leçons de l’attentat islamiste de ce samedi. Selon lui, les réponses doivent être adaptées au crime, pas au criminel, même s’il est impératif de réduire drastiquement nos flux migratoires.


Laurent Lemasson est docteur en droit public et science politique, et ancien directeur des publications de l'Institut pour la Justice.

Samedi soir, Armand Rajabpour-Miyandoab, terroriste d'origine iranienne âgé de 26 ans, a semé la mort au pied de la Tour Eiffel au cri d'«Allah Abkar», avant de mener une équipée sanglante, couteau et marteau en mains. Rajabpour-Miyandoab avait déjà été condamné à 4 ans de prison ferme, en 2018, pour association de malfaiteurs terroristes

Ce énième attentat islamiste commis sur notre sol ne peut que susciter l'horreur, et une indignation brûlante. L'indignation face à toutes les lâchetés, petites ou grandes, et à tous les renoncements successifs qui ont conduit à cette situation insupportable : nous abritons désormais sur notre sol des milliers de terroristes potentiels, qui pourraient passer à l'acte d'un jour à l'autre et dont certains, très certainement, sont en ce moment même en train de méditer ou de préparer un attentat. Derrière ce premier rang se trouvent, sans doute, des dizaines de milliers d'autres individus, qui ont de la sympathie ou de la compréhension pour le terrorisme islamiste et qui pourraient monter rapidement en première ligne pour rejoindre les «combattants». Et derrière ce deuxième rideau se trouve une vaste population, peut-être des centaines de milliers de personnes, qui condamnent certes le terrorisme en principe, mais au milieu de laquelle les terroristes peuvent facilement se dissimuler sans risquer d'être dénoncés.

La situation est donc objectivement très grave, très angoissante. Et profondément révoltante. Pourtant la réponse appropriée à cette situation ne peut pas consister à jeter par-dessus bord toutes les garanties que nous avons péniblement gagnées au cours des siècles contre l'arrestation et les châtiments arbitraires.

Depuis samedi soir, et comme à chaque assassinat de ce type, on entend des responsables politiques réclamer des mesures qui devraient nous inquiéter : par exemple l'internement immédiat de tous les fichés S pour islamisme, une «rétention de sûreté» indéfinie et systématique pour toute condamnation liée au terrorisme, et ainsi de suite.

Attaque au couteau à Paris: faut-il vraiment interner les islamistes fichés S? (lefigaro.fr)

Consentir aux mesures radicales qui sont proposées serait d'autant moins avisé que l'arbitraire peut aisément se combiner avec l'insécurité.

Il nous a fallu des décennies pour en arriver à l'impasse sanglante dans laquelle nous nous trouvons. Il ne nous en faudra sans doute pas moins pour en sortir.