Qui de la France ou de ses immigrés porte le plus de responsabilité dans les échecs de l’intégration ? - Par Pierre Conesa

La France est l'un des pays européens ayant accueilli le plus d'immigrés, mais elle est pourtant parfois jugée responsable de l'échec de l'intégration de certaines populations. Un discours accusatoire qui ne correspond pas à la réalité.


Atlantico : Pourquoi l'intégration ne marche-t-elle plus en France ? Dans votre dernier ouvrage "L'Etat des lieux du salafisme en France" (Editions de l’Aube, 2023), vous dites que ceux qui font peser la responsabilité de l'échec de l'intégration de certaines populations avant toute chose sur le système français et non les principaux intéressés se trompent. Il est temps d'inverser la charge de la preuve. Qu'est-ce que vous voulez dire ?

Pierre Conesa :
Depuis longtemps, je rappelle que la France est le pays qui a accueilli la plus grosse communauté juive, les plus grosses communautés arménienne, chinoise, vietnamienne, sub-saharienne et évidemment la plus grosse communauté musulmane de l’ensemble des pays européens. Or, le refus d’intégration ne concerne qu’une partie de la communauté musulmane et aucune autre :

- ce n’est donc pas l’intégration qui ne marche pas, c’est la posture différentialiste de certains musulmans inspirés par les Frères musulmans ou le salafisme (dont je rappelle qu’il a largement été diffusé par l’Arabie saoudite) qui pose problème. C’est ce séparatisme musulman qui se multiple et diversifie qui est le terreau du discours victimaire qui légitime le terrorisme. J’ai voulu faire le recensement de ces postures séparatistes qui se multiplient : 1547 cas de comportements séparatistes en 2 ans ; 627 cas de contestation religieuse dans l’école républicaine, 58 attentats déjoués depuis 2015… Le dernier exemple est le cas d’une professeure de français du collège Jacques-Cartier à Issou (Yvelines) qui a présenté en classe une œuvre de Giuseppe Cesari du XVIIe siècle, dans laquelle figurent cinq femmes nues. Certains collégiens n’ont pas hésité à accuser l’enseignante de propos racistes et d’avoir tenté de provoquer des élèves musulmans.

- Deuxième remarque : la majorité des Français de culture musulmane qui ont trouvé leur place dans la société française se trouve interpellée à chaque attentat et finalement alors que ces gens s’estiment Français, ils se voient renvoyés à un radicalisme qui n’est pas le leur.

Le problème est maintenant posé en d’autres termes avec des jeunes de 3° génération qui rejettent l’assimilation (parfois en commettant des actes violents) ou en ralliant Daesh. Le ralliement à l’utopie Daesh est d’autant plus intéressante qu’aucun de ces candidats au départ n’a choisi d’aller en Arabie saoudite (qui leur refuse l’entrée) ou en Afghanistan. Le terrorisme islamique tue aujourd’hui 80 % de musulmans : la guerre est déclarée entre sunnites et chiites au Pakistan, en Afghanistan, en Syrie, en Irak, au Yémen, à Bahreïn et même au Nigéria. Les Occidentaux doivent-ils s’en mêler ? Je ne le crois pas

- Enfin, troisième évolution dramatique : les assassinats d’enseignants en France ont été le fait d’un Tchétchène (Anzorov) et d’un Ingouche (Mogouchkov) entrés en France par le droit d’asile, dont les enfants ont été scolarisés dans l’école républicaine et qui se sont donc radicalisés dans leur famille. Je rappelle que le père Anzorov a félicité son fils et toute la famille est rentrée en Tchétchénie. Pourquoi était-elle en France ? Pire ! La famille Mogoushkov devait être expulsée et des ONG s’y sont opposés et ont eu gain de cause, laissant sur le territoire le futur assassin du professeur Dominique Bernard : aucune de ces associations ne s’est excusée.

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