Les immigrés viennent-ils en France pour travailler ? - Par Agnès Verdier-Molinié
En matière d’immigration, en France le travail n’est jamais central. C’est une grave erreur. Si le rejet du projet de loi immigration est un échec pour le gouvernement, c’est aussi l’opportunité pour renforcer un texte qui souffre d’une absence de clarté et de l’incapacité des pouvoirs publics de se saisir des questions régaliennes. Dans une étude à paraître, la Fondation IFRAP a analysé les dernières données disponibles et comparé les caractéristiques de notre population immigrée à celles de nos voisins européens. Plusieurs tendances émergent.
Cette tribune a été publiée dans les pages du Figaro, le lundi 18 décembre 2023.
Au final, ces subventions ont été multipliées par trois depuis 2016 (de 306 à 981 millions) quand le nombre de reconduites à la frontière a été divisé par trois (de 22,3 % à 7 %). La conséquence première ? Le non-respect des OQTF est désormais normalisé avec seulement 6,9 % des obligations respectées au troisième trimestre 2023, très en dessous du taux avant la crise du Covid : 19 % en 2019, un taux déjà anormalement faible ! Cela veut dire que, tous les ans, 75 000 individus environ se maintiennent sur le territoire… Mais les statistiques sur le nombre de personnes présentes illégalement sur le sol français ne sont même pas correctement évaluées par le ministère de l’Intérieur (ou ne sont pas rendues publiques ?) contrairement à ce qui se pratique au Royaume-Uni et en Allemagne. Le ministère de l’Intérieur évoque 600.000 à 700.000 individus mais la Fondation IFRAP estime ce stock entre 780.000 et 900.000 individus dont 400.000 arrivées nettes depuis 2015. Soit un quasi-doublement du nombre d’illégaux en sept ans.
À côté de l’immigration illégale, il y a l’immigration légale qui concerne 4,5 millions d’individus avec un titre de séjour valide dont 700.000 nouvelles arrivées depuis 2015. Alors qu’on se focalise sur l’article 3 de la loi qui souhaite régulariser les clandestins qui travaillent avec un risque évident d’effet d’aubaine, il manque, dans le débat sur l’immigration, le sujet du travail des immigrés légaux. Notre immigration légale est plus âgée : en 2020, en France, 25 % de la population non native avait plus de 65 ans contre 15 % en Europe. La France est l'un des rares pays où la part de non-natifs de plus de 65 ans est supérieure à celle des natifs : 25 % contre 19,4 % (contre 15 % et 21,1 % en Europe). Et cette population augmente en France alors qu'elle diminue en Europe : par exemple - 9,6 % en Allemagne… pays où aucun minimum vieillesse n'était en place jusqu'en 2021.
