Charles Prats : « Certains confondent séparation des pouvoirs et guerre des pouvoirs »
L'ancien magistrat de la délégation nationale à la lutte contre les fraudes fiscales et sociales au ministère des Finances, Charles Prats, décrypte la politisation de la justice et le rôle des magistrats suite à la décision de la CJR concernant Eric Dupond-Moretti.
Charles Prats : Ce procès était d’abord celui d’un homme à qui il était reproché des infractions pénales. Et objectivement tous les spécialistes des infractions économiques et financières étaient très dubitatifs sur le délit reproché en l’espèce à Eric Dupond-Moretti. La relaxe est tout sauf une surprise. Si d’aventure l’objectif de certains était de « se payer » le garde des sceaux, il y avait bien d’autres dossiers à explorer et connus. Cette histoire laisse une impression théâtrale qui se conclut sur une image dégradée de l’institution judiciaire qui se voit aujourd’hui reprocher à la fois un acharnement contre un homme politique et un laxisme supposé vis-à-vis du même. C’est perdant-perdant…
Ce n’est évidemment pas aux magistrats de choisir le ministre de la Justice ni d’empêcher qu’un avocat occupe cette fonction. Mais il reste incontestable qu’Eric Dupond-Moretti à la Chancellerie, c’est une erreur de casting politique initiale : la séparation des pouvoirs, ce n’est pas la guerre des pouvoirs. Et ce climat dommageable perdurera jusqu’à la fin du quinquennat, j’en prends le pari.
Dans de nombreuses affaires, les peines prononcées sont parfois incompréhensibles. L'exemple à Nantes au printemps dernier où un jeune a été condamné à 35h de travaux d'intérêt général pour avoir refusé un contrôle et avoir trainé sur le bitume un policier alors qu'il circulait à bord d'une voiture volée. Pourquoi les juges sont aussi éloignés de ce qu'attendent les Français ?
Il faut se méfier des compte-rendus de presse des affaires pénales. Ils ne reflètent jamais fidèlement l’ensemble d’un dossier avec toutes ses subtilités procédurales et de fond.
