ChatGPT est-il bien-pensant ? - Par Sami Biasoni
Le docteur en philosophie Sami Biasoni a mis à l'épreuve l'outil conversationnel pour tenter de savoir s'il était teinté d'une idéologie. Si on ne peut pas vraiment qualifier ChatGPT de woke, ses promoteurs ont a minima créé la première IA bien-pensante, explique-t-il.
Sami Biasoni est docteur en philosophie de l'École normale supérieure, professeur chargé de cours à l'ESSEC. Il a publié en septembre 2022 l'ouvrage collectif «Malaise dans la langue française» (dir.) et publiera «Le statistiquement correct» aux Éditions du Cerf en 2023.
On se souvient de l'échec industriel qu'a représenté l'intelligence artificielle Tay, lancée en 2016 par Microsoft pour simuler une adolescente américaine de son temps. «Entraînée» à partir de conversations sélectionnées et filtrées, émanant des réseaux sociaux ou de messageries électroniques comme Snapchat, Twitter ou Kik, le bot de discussion a pu échanger près de 100.000 tweets avec les internautes avant d'être désactivé par les équipes de la firme de Redmond, pour avoir verbalement dérapé à plusieurs reprises, au point d'avoir été ouvertement accusé de racisme, de complotisme et de négationnisme. À la question triviale «Crois-tu que l'Holocauste a eu lieu ?», l'IA a en effet répondu : «pas vraiment désolée». Même si l'on a su que cet échec a en partie été causé par la volonté manifeste de certains activistes politisés de faire échouer l'expérience «Tay», le résultat a laissé de nombreux observateurs pour le moins pantois. Plus récemment, c'est BlenderBot 3, le bot de conversation de Meta Facebook qui a pu se laisser aller à quelques «écarts de langage» allant jusqu'à verser dans l'antisémitisme, reconnaissant par exemple qu'il n'était pas «improbable» que les Juifs puissent contrôler l'économie.
Si Tay et BlenderBot étaient ouvertement racistes, ChatGPT ne serait-elle pas, a contrario, parfaitement woke ?
Le wokisme adopte une grille de lecture basée sur le primat de rapports de domination, plutôt que sur la liberté et la responsabilité des individus à se définir.
Il apparaît que l'on ne peut pas complètement qualifier ChatGPT de woke en raison de la prudence de certaines réponses, finalement assez nuancées et réticentes à sortir du cadre de la loi ou de la morale.
