TotalEnergies ou Etat : Qui sont les profiteurs de guerre ? - Par Nicolas Bouzou, Philippe Crevel, Irène Inchauspé et Muriel Motte
Le groupe pétrolier TotalEnergies a annoncé, le 8 février dernier, avoir dégagé le bénéfice le plus important de son histoire, faisant resurgir les appels à taxer davantage les superprofits. Paralèllement l’Etat a vu ses caisses se remplir plus que prévu en 2022. Souveraineté, investissement, impôts, salaires...: pouvoir compter sur une major tricolore est crucial.
Les faits - TotalEnergies a annoncé mercredi matin un résultat net record de 20,5 milliards de dollars en 2022 (+28% sur un an), incluant près de 15 milliards de provisions sur la Russie (soit un résultat net ajusté de 36,2 milliards de dollars). Les profits du groupe sont utilisés pour investir, pour rémunérer les actionnaires – qui sont aussi souvent salariés –, pour augmenter les rémunérations. Une major en bonne santé contribue aussi à la souveraineté énergétique de l’Europe. Autant de réalités invisibles aux yeux de tous ceux qui préfèrent crier haro sur le pétrolier.
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TotalEnergies / État : qui a le plus profité indûment de l’envolée des prix de l’énergie ?
Par Philippe Crevel
Atlantico : Le groupe TotalEnergies e son groupe a annoncé mercredi des bénéfices record en 2022, de l’ordre de 19 milliards d’euros. Ils ont choqué, notamment à gauche, mais sont-ils si importants que ça pour une telle entreprise ?
Philippe Crevel : Non, TotalEnergies est une des plus grandes compagnies pétrolières mondiales. Si on fait un ratio bénéfice sur chiffre d'affaires, les montants ne sont pas faibles, mais ne sont pas non plus extraordinaires. Des entreprises comme Apple par exemple, peuvent obtenir des résultats bien plus importants en termes de bénéfices. On peut également voir dans le secteur du luxe des ratios qui peuvent être bien plus élevés que ceux de TotalEnergies. L’entreprise a en plus comme contrainte le fait de payer des impôts sur ses bénéfices non pas dans le pays le plus avantageux pour elle, mais dans les pays de production. Il y a des limites à la remontée des bénéfices que d'autres entreprises ne connaissent pas car elles peuvent localiser leurs profits dans des pays à faible taux d'imposition comme en Irlande ou aux Pays-Bas. Je ne dis pas que TotalEnergies ne fait pas du tout d’optimisation, mais le groupe est obligé de payer des impôts pour une grande partie de ses bénéfices.
Dans une interview récente au Parisien, Patrick Pouyanné explique justement avoir « réalisé environ 350 millions d’euros de bénéfices en France » et avoir payé en 2022 « 200 millions d’euros d’impôts sur les sociétés et taxes de solidarité européenne sur le raffinage et l’électricité, à comparer aux 33 milliards d’euros d’impôts et taxes payés ailleurs », notamment dans les pays de production où le taux moyen de fiscalité est de plus de 50 %. Le débat actuel sur les profits de TotalEnergies ne reflète-t-il pas le manque de connaissances dans le fonctionnement de la fiscalité internationale ?
Tout à fait. Evidemment, 19 milliards d'euros est une somme qui apparaît extraordinaire et qui, pour le commun des mortels, est difficilement compréhensible. Mais on parle d'une compagnie qui fait partie des dix plus grandes compagnies pétrolières mondiales, qui est présente sur toute la planète et est un des fleurons de l'économie française, avec LVMH et L’Oréal, entreprises qui réalisent également d'importants bénéfices. Nous devrions nous réjouir de la bonne rentabilité de Total comme des autres et considérer que le profit n'est pas quelque chose de malhonnête : il est lié à la rentabilité, à une bonne gestion.
D'autre part, le profit permet la rémunération du capital. Derrière ce terme, on imagine les "200 familles", mais ce sont souvent des particuliers qui en bénéficient de manière indirecte, à travers les unités de compte de l'assurance vie, les SICAV, les fonds communs de placement... Toute personne qui a des placements financiers a de fortes chances d'avoir directement ou indirectement un morceau de TotalEnergies dans son portefeuille, et ses profits contribuent à la rémunération de son épargne.
65 % des salariés de TotalEnergies sont actionnaires de l’entreprise. Ils ont reçu en 2022 7 % des dividendes, soit 700 millions d’euros. Est-ce un exemple à suivre ?
La France est un des pays où l'actionnariat salarié est parmi les plus développés. C'est quelque chose qui est méconnu mais les lois sur la participation, l'intéressement et l'actionnariat salarié depuis le début des années 1960 permettent une redistribution d'une part non négligeable des dividendes. Les salariés sont donc associés à ce bénéfice. Par ailleurs, si TotalEnergies peut effectuer des ristournes importantes sur le prix de l'essence, c'est grâce également à sa bonne santé financière. Preuve que le consommateur peut aussi être gagnant des résultats de TotalEnergies, qui ne sont pas faits exclusivement en France mais à l'échelle mondiale.
Si TotalEnergies n’a pas profité indûment de cette manne, qu’en est-il de l’Etat ?
L'Etat a mécaniquement bénéficié de la hausse des prix du fait de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE). Mais il a redistribué en grande partie, voire totalement, ces gains. La TICPE a rapporté davantage qu’habituellement car les prix étaient plus élevés, mais l'Etat a mis en place des ristournes, le bouclier tarifaire, le chèque énergie, etc. Le gain pour les finances publiques est donc faible. L'Etat a également gagné au titre de l'impôt sur les sociétés : plus une entreprise réalise de bénéfice, plus le montant de l'impôt sur les sociétés est important. Sur la partie consolidée en France, qui n'est pas la totalité pour TotalEnergies, il y a donc également un gain.
Bercy estime que sur l’année, la hausse des prix aura rapporté seulement 2 milliards d’euros supplémentaires dans les caisses de l’Etat. Comment l’expliquer ?
C'est la conséquence de la politique du gouvernement en la matière. Les ristournes ont réduit le montant des gains pour l'Etat.
Cette hausse des prix a-t-elle profité indûment à quelqu’un ?
Il y a toujours en période d'inflation des comportements pas toujours honorables. Mais globalement, d'un point de vue macroéconomique, il faut noter que la population et les entreprises ont été préservées, avec une compensation - pas totale mais non négligeable – de l’envolée des prix.
Même si le sentiment est complètement différent, le consommateur français a été relativement préservé des effets de l'inflation par rapport à des consommateurs étrangers. La baisse du pouvoir d'achat pour la population française est relativement modérée : elle se situe entre 1 et 2 % de perte de pouvoir d'achat avec une inflation à 5,2 % en 2022 et qui est autour de 6-7% maintenant. L'État a compensé à peu près les deux tiers du surcoût de l'inflation. Le citoyen a donc été entre guillemets préservé, même s’il a été touché par la hausse des prix directement à travers la baisse de son pouvoir d'achat et indirectement à travers des possibles impôts à venir et un endettement public accru.
TotalEnergies / État : qui a le plus profité indûment de l’envolée des prix de l’énergie ? | Atlantico.fr
Indécents, insolents, scandaleux… Les profits records de TotalEnergies vont susciter une volée de bois vert. « Profiteur de guerre », en contradiction totale avec l’urgence climatique, la major va encore être critiquée, tant elle affiche le profil du méchant idéal. Conscient de l’accueil que la publication de ses résultats risque de créer, le groupe a tenté quelques opérations de déminage. Sur Twitter, il poste des vidéos pour expliquer que ses projets en Afrique, très contestés, sont éco-responsables. La semaine dernière, il a précisé les modalités du partage de ses résultats avec ses 14 000 employés en France…
Cela ne suffira sans doute pas à éteindre toutes les polémiques dans un contexte de grogne sociale liée à l’inflation et au projet de réforme des retraites. « Je comprends que nos superprofits fâchent l’opinion publique, il y a là un sujet sociétal, collectif, compliqué », affirmait Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies dans une interview au journal belge L’Echo, fin janvier. Les politiques sont aussi contrariés. Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, ne décolère pas contre les grandes entreprises qui gagnent des fortunes, en décalage avec ce qui se passe dans le pays. Loin du tumulte et des agacements opportunistes, cela vaut la peine de s’armer de raison. Oui, on peut se réjouir des superprofits de TotalEnergies. Pour au moins cinq raisons.
1: Les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain…
« Faire des profits par les temps qui courent, c’est super ! On devrait s’en féliciter au lieu de dénigrer » car « sans profits, pas de trésorerie et pas d’investissements », déclarait feu Christophe de Margerie, alors PDG de Total en… 2012. « Je dois bien reconnaître que notre discours sur les profits ne passe pas », déplorait-il alors. Une décennie plus tard, il passe toujours mal, alors que les (très bons) résultats doivent soutenir une politique d’investissements massifs, ainsi que l’indispensable transition du groupe pétrolier et gazier vers les énergies propres. TotalEnergies prévoit de dépenser 13 à 15 milliards de dollars par an sur 2022-2025 pour sa croissance, un tiers de cette somme doit financer le développement des nouvelles énergies, renouvelables (EnR) et électricité principalement. Il s’est fixé comme objectif 100 GW de capacités brutes d’EnR installées dans le monde, se plaçant en tête des pétroliers les plus ambitieux dans ce domaine. Le géant de l’or noir ne deviendra pas vert grâce aux subsides de l’Etat.
2: Gros profits, gros impôts
Des milliards de profits et... des milliards d’impôts. Au titre de 2022, TotalEnergies va payer 33 milliards de dollars en taxes et cotisations diverses à travers le monde, a déjà chiffré son PDG. C’est deux fois plus que l’année précédente (16 milliards de dollars). « Nous sommes parmi les 10 plus gros contributeurs au monde. Mais nous payons les impôts là où nous générons les profits », affirmait Patrick Pouyanné dans son entretien au quotidien belge L’Echo.
Sur ce montant, plus de 2 milliards de dollars correspondent aux taxes exceptionnelles « superprofits » décidées en Europe dans le contexte de crise énergétique (soit plus d’un milliard à l’échelle de l’UE, le solde au Royaume Uni).
On lui reproche souvent de ne pas payer d’impôts en France ? Ce ne sera justement pas le cas en 2022, puisque l’activité raffinage (la seule présente dans l’Hexagone) a été bénéficiaire. « Les marges sur le diesel sont 25 dollars par baril de plus que sur le pétrole, ce qui est du jamais vu dans l’histoire du raffinage », précisait récemment Patrick Pouyanné. Par ailleurs, en 2021 le groupe a payé en France 1,9 milliard de dollars de diverses taxes et cotisations sociales, dont 1 milliard pour ces dernières, ce qui participe notamment au financement des retraites.
3: Un puissant acteur de la souveraineté énergétique
Ne pas trop dépendre de l’étranger est devenu l’obsession du gouvernement depuis la pandémie et la découverte des ravages de la désindustrialisation française. Plus récemment, c’est la dépendance énergétique de l’Allemagne aux approvisionnements du russe Gazprom qui a coûté très cher à la première puissance de la zone euro.
Dans ce contexte, « TotalEnergies est une chance pour la France. On devrait se féliciter d’avoir une major tricolore, estime l’économiste Philippe Chalmin, spécialiste des matières premières. Je préfère que ce soit eux qui investissent en Afrique plutôt que les Chinois ou les Russes. Ils me semblent plus responsables et plus soucieux de l’environnement. On pourrait leur dire d’arrêter leurs investissements dans les énergies fossiles, d’autres les feront à leur place ».
Or, soyons pragmatiques, le monde ne va pas se passer de pétrole dans les dix prochaines années. Et l’hydrogène produit à base d’EnR, ce n’est pas pour demain. TotalEnergies, qui est aussi le numéro deux mondial du gaz naturel liquéfié (GNL), hautement stratégique pour remplacer le gaz russe, doit pouvoir défendre les intérêts de la France et de l’Europe dans la crise énergétique. Même si la recherche de la meilleure rentabilité des capitaux investis reste une priorité du groupe.
4: Une machine à dividendes
Ces dernières années, TotalEnergies n’a jamais stoppé la distribution de dividendes, même après la perte nette enregistrée en 2020 (- 7,3 milliards de dollars), l’année du confinement. En 2022, le groupe a versé à ce titre près de 7 milliards d’euros à ses actionnaires. Le millésime 2023 (calculé sur les profits 2022) s’annonce fameux, en hausse de 6,5 %. D’ores et déjà, « souhaitant partager avec ses actionnaires les résultats de la compagnie dans le contexte de prix hauts », TotalEnergies a versé en décembre dernier un acompte sur dividende exceptionnel de 1 euro par action.
Ceux qui jugent cette générosité scandaleuse ignorent sans doute que les salariés du groupe sont aussi ses premiers actionnaires, et qu’ils en profitent largement. Avec 6,8 % du capital, ils devancent le géant américain BlackRock, et leur poids n’a cessé de grandir puisqu’ils ne détenaient que 5,3 % des titres en 2019. Pas moins de 65 % des plus de 100 000 employés de TotalEnergies dans le monde, et 80 % des salariés en France sont des « petits porteurs » du géant de l’énergie.
En valeur, il s’agit du plus gros actionnariat salarié de France et l’un des plus importants d’Europe. Ce qui est bon pour les salariés l’est pour l’ensemble des actionnaires et pour l’économie : globalement, les dividendes distribués facilitent la circulation de l’épargne. Ils peuvent être dépensés, investis dans les EnR ou ailleurs, argumente l’économiste Jean-Marc Daniel, professeur émérite à l’Ecole de commerce (ESCP). « Rendre de l’argent aux actionnaires leur permet de procéder à une meilleure allocation de l’épargne, c’est une source d’efficience », abonde Christian Parisot, conseiller économique pour Aurel BGC.
5: Des superprofits qui permettent d’augmenter les rémunérations
« TotalEnergies réalise l’essentiel de ses profits à l’étranger, mais il en rapatrie une partie en France, notamment pour payer ses cadres et ses salariés, ce qui est bon pour notre balance des paiements », juge Jean-Marc Daniel. Or il n’est pas le moins généreux des géants du CAC40. Pour 2023, ses employés français bénéficient d’une « enveloppe finale d’augmentation salariale de 7,5 % », au regard d’une inflation de 6 % réellement constatée à fin 2022. En outre, « compte tenu des résultats définitifs 2022 », la major a décidé d’augmenter de 15 % par rapport à 2021 le bonus des salariés non-cadres (ouvriers, employés, techniciens et agents de maîtrise). Le budget des parts variables des cadres sera majoré du même montant, a-t-il déjà annoncé. Des hausses non négligeables !
Répondant à la passion anti-milliardaire qui a saisi certains aspirants révolutionnaires de la Nupes, Bernard Arnault a courtoisement déclaré que "les Français ne connaissent pas bien l’économie". Ce que certains ont qualifié de mépris social n’est en réalité qu’un aimable euphémisme. Bien au-delà de la question des milliardaires, le débat incroyablement confus sur les dividendes ou les rachats d’actions l’illustre avec éclat. Pour la gauche de la gauche, la vie est simple : il faut taxer les dividendes, pour financer les retraites, l’école, l’université, la justice, la transition écologique et ainsi de suite… Cet engouement passionnel largement basé sur le ressentiment se base en outre sur des idées dont on peut aisément démontrer qu’elles sont en grande partie erronées.
Première idée fausse : les dividendes sont peu taxés.
TotalEnergies: cinq raisons de se réjouir des superprofits.
Par Irène Inchauspé et Muriel Motte
Cela ne suffira sans doute pas à éteindre toutes les polémiques dans un contexte de grogne sociale liée à l’inflation et au projet de réforme des retraites. « Je comprends que nos superprofits fâchent l’opinion publique, il y a là un sujet sociétal, collectif, compliqué », affirmait Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies dans une interview au journal belge L’Echo, fin janvier. Les politiques sont aussi contrariés. Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, ne décolère pas contre les grandes entreprises qui gagnent des fortunes, en décalage avec ce qui se passe dans le pays. Loin du tumulte et des agacements opportunistes, cela vaut la peine de s’armer de raison. Oui, on peut se réjouir des superprofits de TotalEnergies. Pour au moins cinq raisons.
1: Les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain…
« Faire des profits par les temps qui courent, c’est super ! On devrait s’en féliciter au lieu de dénigrer » car « sans profits, pas de trésorerie et pas d’investissements », déclarait feu Christophe de Margerie, alors PDG de Total en… 2012. « Je dois bien reconnaître que notre discours sur les profits ne passe pas », déplorait-il alors. Une décennie plus tard, il passe toujours mal, alors que les (très bons) résultats doivent soutenir une politique d’investissements massifs, ainsi que l’indispensable transition du groupe pétrolier et gazier vers les énergies propres. TotalEnergies prévoit de dépenser 13 à 15 milliards de dollars par an sur 2022-2025 pour sa croissance, un tiers de cette somme doit financer le développement des nouvelles énergies, renouvelables (EnR) et électricité principalement. Il s’est fixé comme objectif 100 GW de capacités brutes d’EnR installées dans le monde, se plaçant en tête des pétroliers les plus ambitieux dans ce domaine. Le géant de l’or noir ne deviendra pas vert grâce aux subsides de l’Etat.
2: Gros profits, gros impôts
Des milliards de profits et... des milliards d’impôts. Au titre de 2022, TotalEnergies va payer 33 milliards de dollars en taxes et cotisations diverses à travers le monde, a déjà chiffré son PDG. C’est deux fois plus que l’année précédente (16 milliards de dollars). « Nous sommes parmi les 10 plus gros contributeurs au monde. Mais nous payons les impôts là où nous générons les profits », affirmait Patrick Pouyanné dans son entretien au quotidien belge L’Echo.
Sur ce montant, plus de 2 milliards de dollars correspondent aux taxes exceptionnelles « superprofits » décidées en Europe dans le contexte de crise énergétique (soit plus d’un milliard à l’échelle de l’UE, le solde au Royaume Uni).
On lui reproche souvent de ne pas payer d’impôts en France ? Ce ne sera justement pas le cas en 2022, puisque l’activité raffinage (la seule présente dans l’Hexagone) a été bénéficiaire. « Les marges sur le diesel sont 25 dollars par baril de plus que sur le pétrole, ce qui est du jamais vu dans l’histoire du raffinage », précisait récemment Patrick Pouyanné. Par ailleurs, en 2021 le groupe a payé en France 1,9 milliard de dollars de diverses taxes et cotisations sociales, dont 1 milliard pour ces dernières, ce qui participe notamment au financement des retraites.
3: Un puissant acteur de la souveraineté énergétique
Ne pas trop dépendre de l’étranger est devenu l’obsession du gouvernement depuis la pandémie et la découverte des ravages de la désindustrialisation française. Plus récemment, c’est la dépendance énergétique de l’Allemagne aux approvisionnements du russe Gazprom qui a coûté très cher à la première puissance de la zone euro.
Dans ce contexte, « TotalEnergies est une chance pour la France. On devrait se féliciter d’avoir une major tricolore, estime l’économiste Philippe Chalmin, spécialiste des matières premières. Je préfère que ce soit eux qui investissent en Afrique plutôt que les Chinois ou les Russes. Ils me semblent plus responsables et plus soucieux de l’environnement. On pourrait leur dire d’arrêter leurs investissements dans les énergies fossiles, d’autres les feront à leur place ».
Or, soyons pragmatiques, le monde ne va pas se passer de pétrole dans les dix prochaines années. Et l’hydrogène produit à base d’EnR, ce n’est pas pour demain. TotalEnergies, qui est aussi le numéro deux mondial du gaz naturel liquéfié (GNL), hautement stratégique pour remplacer le gaz russe, doit pouvoir défendre les intérêts de la France et de l’Europe dans la crise énergétique. Même si la recherche de la meilleure rentabilité des capitaux investis reste une priorité du groupe.
4: Une machine à dividendes
Ces dernières années, TotalEnergies n’a jamais stoppé la distribution de dividendes, même après la perte nette enregistrée en 2020 (- 7,3 milliards de dollars), l’année du confinement. En 2022, le groupe a versé à ce titre près de 7 milliards d’euros à ses actionnaires. Le millésime 2023 (calculé sur les profits 2022) s’annonce fameux, en hausse de 6,5 %. D’ores et déjà, « souhaitant partager avec ses actionnaires les résultats de la compagnie dans le contexte de prix hauts », TotalEnergies a versé en décembre dernier un acompte sur dividende exceptionnel de 1 euro par action.
Ceux qui jugent cette générosité scandaleuse ignorent sans doute que les salariés du groupe sont aussi ses premiers actionnaires, et qu’ils en profitent largement. Avec 6,8 % du capital, ils devancent le géant américain BlackRock, et leur poids n’a cessé de grandir puisqu’ils ne détenaient que 5,3 % des titres en 2019. Pas moins de 65 % des plus de 100 000 employés de TotalEnergies dans le monde, et 80 % des salariés en France sont des « petits porteurs » du géant de l’énergie.
En valeur, il s’agit du plus gros actionnariat salarié de France et l’un des plus importants d’Europe. Ce qui est bon pour les salariés l’est pour l’ensemble des actionnaires et pour l’économie : globalement, les dividendes distribués facilitent la circulation de l’épargne. Ils peuvent être dépensés, investis dans les EnR ou ailleurs, argumente l’économiste Jean-Marc Daniel, professeur émérite à l’Ecole de commerce (ESCP). « Rendre de l’argent aux actionnaires leur permet de procéder à une meilleure allocation de l’épargne, c’est une source d’efficience », abonde Christian Parisot, conseiller économique pour Aurel BGC.
5: Des superprofits qui permettent d’augmenter les rémunérations
« TotalEnergies réalise l’essentiel de ses profits à l’étranger, mais il en rapatrie une partie en France, notamment pour payer ses cadres et ses salariés, ce qui est bon pour notre balance des paiements », juge Jean-Marc Daniel. Or il n’est pas le moins généreux des géants du CAC40. Pour 2023, ses employés français bénéficient d’une « enveloppe finale d’augmentation salariale de 7,5 % », au regard d’une inflation de 6 % réellement constatée à fin 2022. En outre, « compte tenu des résultats définitifs 2022 », la major a décidé d’augmenter de 15 % par rapport à 2021 le bonus des salariés non-cadres (ouvriers, employés, techniciens et agents de maîtrise). Le budget des parts variables des cadres sera majoré du même montant, a-t-il déjà annoncé. Des hausses non négligeables !
Dividendes : cinq idées fausses véhiculées par la gauche.
Par Nicolas Bouzou
Première idée fausse : les dividendes sont peu taxés.
Le dividende versé aux actionnaires est une part des profits. Or, dans notre pays, le taux d’imposition sur les bénéfices est de 25 %, et l’imposition forfaitaire sur les dividendes de 30 %. Les dividendes sont donc imposés à plus de 50 %, ce qui est beaucoup, et même sans doute encore excessif dans la mesure où nos entreprises doivent attirer des capitaux pour financer leurs investissements dans le numérique, l’intelligence artificielle, les robots, la décarbonation, l’économie circulaire… On ne fera aucune de ces transitions sans capital.
Deuxième idée fausse : les entreprises versent énormément de dividendes.
Deuxième idée fausse : les entreprises versent énormément de dividendes.
La plupart des affirmations dans ce sens reprennent les versements de dividendes des entreprises du CAC40 sans les rapporter à une grandeur qui rende ce chiffre interprétable. En réalité, il convient de regarder les dividendes versés par les entreprises françaises en les rapportant à la valeur ajoutée générée par ces mêmes entreprises. Sur le segment des sociétés non financières, d’après les calculs de l’économiste Eric Dor à partir des données d’Eurostat, la part des dividendes dans la valeur ajoutée serait en France de l’ordre de 5 %, l’un des taux les plus bas en Europe (l’Espagne est à 6 %, l’Allemagne à 13 %, l’Italie à 17,5 %). Rien de spectaculaire ni de scandaleux.
Troisième idée fausse : le versement des dividendes se fait au détriment des salaires.
Troisième idée fausse : le versement des dividendes se fait au détriment des salaires.
Cela a pu être le cas au début des années 1980 mais pas depuis. A partir du début des années 1990, la part des salaires dans la valeur ajoutée est stable, aux alentours de 65 %. Les variations dans la distribution des dividendes à la hausse comme à la baisse n’ont donc pas eu d’impact sur la dynamique des salaires.
Quatrième idée fausse : les dividendes se substituent à l’investissement des entreprises.
Quatrième idée fausse : les dividendes se substituent à l’investissement des entreprises.
Ce sophisme est complètement invalidé par les chiffres. Le taux d’investissement des entreprises (le ratio de l’investissement à leur valeur ajoutée) augmente tendanciellement depuis le début des années 1990. Il n’y a aucun transfert visible entre dividendes et investissement.
Cinquième idée fausse : les rachats d’actions n’ont que des effets économiques délétères.
Cinquième idée fausse : les rachats d’actions n’ont que des effets économiques délétères.
Une opération de rachat d’actions est l’exact inverse d’une augmentation de capital. Elle répond à deux volontés qui peuvent se cumuler. D’une part, certaines entreprises qui réalisent des profits importants au cours d’un exercice mais ne veulent pas s’engager dans une hausse des dividendes que les actionnaires pourraient considérer comme pérenne, préfèrent leur verser du cash en leur achetant des actions, ce qui fait en outre monter leur valorisation (il y a moins d’actions sur le marché, elles sont donc plus chères). D’autre part, certaines entreprises ne trouvent pas de projets d’investissements rentables. Elles diminuent donc leur capital en rachetant les actions de leurs actionnaires. Du capital est ainsi libéré qui peut se diriger vers les entreprises qui en ont besoin pour investir. La distribution de cash aux actionnaires (dividendes et/ou rachats d’actions) est une décision technique qui fait intervenir de nombreuses considérations de gestion financière. Si on prend du recul, depuis trente ans, ces décisions n’ont pas eu d’impact notable sur le partage de la valeur ajoutée et la croissance économique. En revanche, il serait bon de permettre aux Français de percevoir davantage de ces dividendes en encourageant l’épargne populaire investie en actions, en développant l’actionnariat salarié ou en mettant en place des fonds de pension pour les salariés du secteur privé. Voilà un magnifique projet politique basé, non pas sur le ressentiment, mais sur l’efficacité et la justice.
