Les dix commandements de la transition énergétique - De Philippe Charlez
Dans son nouveau livre, Philippe Charlez nous explique comment solutionner la problématique climatique tout en préservant le développement humain. Pour ce faire, il faut optimiser la consommation d’énergie grâce à l’innovation technologique mais aussi adapter nos comportements.
Les données scientifiques ne laissent plus aucun doute quant à son origine anthropique, le réchauffement climatique est bel et bien installé. En effet, la société de croissance repose principalement sur la consommation d’énergies fossiles dont il faudra impérativement limiter l’usage au cours des trente prochaines années.
Renonçant à un utopique 100 % renouvelable, la société poursuit sa conversion à l’énergie nucléaire, laquelle représentera le principal levier de décarbonation. Mais le défi ne sera pas seulement technique, économique et sociétal. Il sera aussi géopolitique. Dans un monde fracturé où le nationalisme se renforce et la guerre resurgit, la transition écologique demandera de construire un ordre mondial beaucoup plus coopératif.
Et si l’on revenait, raisonnablement efficacement, au développement durable ?
Nous avions déjà eu l’occasion de largement commenter le livre précédent de cet auteur (Voir Le réchauffement anthropique selon Philippe Charlez de Philippe Baccou ; et 14 solutions pour une croissance verte et réaliste de Yves Buchsenschutz) lequel était extrêmement complet et démonstratif mais parfois un peu difficile pour les non scientifiques ou ingénieurs. Dans l’article de septembre en particulier nous avions déjà essayé d’en tirer des concepts plus simples mais plus pratiques.
Dans ce nouvel ouvrage, Philippe Charlez retravaille et approfondit cette démarche pédagogique qui permettra à ceux qui sont plus éloignés du sujet de suivre simplement ce sujet très lourd de conséquences pour nous tous et dont l’idéologie s’est malheureusement emparée au détriment de la raison et de la faisabilité effective.
Comment admettre que, dans le cadre d’une politique de gestion intelligente de la transition énergétique la France se trouve aujourd’hui importatrice nette d’électricité allemande fabriquée à base de lignite - la pire solution en termes de CO2 - alors qu’elle était exportatrice il y a encore deux ans à base de production nationale décarbonée ? La succession ininterrompue des concessions aux idéologues verts à complètement masqué la nécessité d’évoluer dans un contexte parfaitement décrit déjà en 1983 par le rapport Bruntland.
L’auteur prône largement les évolutions mais les tempèrent de réalisme et de bon sens : ni les Français, ni les autres peuples de la terre d’ailleurs, ne vont délibérément accepter de vivre en haillons dans des cabanes au fond des bois en se nourrissant de glands, de mures et de vers de terre au prétexte de sauver la nature. Celle-ci d’ailleurs évolue depuis longtemps et ne s’en porte pas toujours plus mal.
Philippe Charlez prône très justement l’évolution raisonnée, insiste sur l’inertie et le coût inéluctable des changements : on ne passera pas du tout thermique au tout électrique en un claquement de doigt et en totalité, mais nos comportements peuvent et doivent évoluer. Il refuse catégoriquement le catastrophisme et ouvre des pistes claires d’amélioration pour l’humanité actuelle et future.
Lisez et faites circuler ce livre.
Philippe Charlez : "Les 10 Commandements de la Transition Energétique
Philippe Charlez, vous publiez aux éditions VA, Les 10 Commandements de la Transition Energétique.
Comment analysez-vous la prise de conscience des citoyens européens quant à un nécessaire changement de comportement ?
À une époque où le déclinisme est de plus en plus mis en avant comme solution au réchauffement climatique, je reste un supporter inconditionnel du développement humain fruit de la liberté de penser et du progrès technologique. La pandémie du COVID 19 et les confinements associés ont clairement prouvé qu’un effort démesuré de décroissance (-7 % en 2020) n’avait qu’un effet marginal sur la réduction de Gaz à Effet de Serre (-5 % en 2020). Utiliser le levier de la décroissance pour résoudre l’équation climatique reviendrait à plonger l’humanité dans la pauvreté absolue en réduisant notamment l’espérance de vie de plus de dix ans. 50 ans d’effort de développement réduits à néant. Compte tenu du degré d’incertitude des modèles climatiques, pas question pour moi d’abandonner la société de croissance et son « démon capitaliste ».
S’il est indispensable de continuer à produire de la richesse, en revanche il est aussi impératif d’optimiser notre consommation d’énergie. Optimiser pour continuer de croître et non réduire et accepter de décroitre tel est l’objectif que je poursuis dans mon ouvrage.
Bien que les Européens (consommation comprise entre 40 MWh/hab et 50 MWh/hab) sont beaucoup moins « énergétivores » que les Américains (80 MWh) ou certaines monarchies du Golfe comme les UAE (120 MWh), nombre de nos comportements restent peu soucieux de notre consommation énergétique surtout dans l’habitat et les transports. En dehors de petits écogestes, il existe de nombreux leviers pour optimiser notre consommation d’énergie. Ainsi, tous les leviers existent pour réduire de moitié la consommation des voitures thermiques (vitesse, poids, pneumatiques, qualité des routes, aérodynamisme).
Pourtant nous refusons les plus efficaces (limitation de vitesse à 110 km/h sur autoroute = 30 % de consommation en moins) et nous encourageons les véhicules les moins performants (croissance significative du peu aérodynamiques SUV et réduction de la proportion de berlines). Toujours en matière de transports, le remplissage des voitures est moindre qu’il y a vingt ans. Quant au fret routier qui consomme pourtant huit fois plus d’énergie par tonne marchandise que le fret ferroviaire sa part a été multipliée par 2,5 au cours des deux dernières décennies quand celle du train baissait de 30 %. Le bâtiment n’est pas en reste. Alors qu’il n’est occupé qu’entre 20 % et 40 % du temps, le Tertiaire (aussi bien public que privé) est énergétisé plus de 80 % du temps. Éclairage permanent, terrasses et piscines municipales surchauffées, chauffage non régulé, informatique jamais éteinte les économies d’énergie y sont gargantuesques. L’Europe consomme aujourd’hui un kWh pour produire un euro de PIB. Cette valeur pourrait aisément se réduire à 0,7 voire 0,6 au cours des trente prochaines années.

