Pascal Bruckner: «L’opposition à la réforme des retraites ou le reflet d’une France peureuse et fatiguée»
Pour l’écrivain, Pascal Bruckner, l’opposition à la réforme des retraites montre que le confinement est devenu la matrice de notre présent. Les Français sont, selon lui, plus moroses que révoltés. Il les invite à retrouver le goût de l’effort et la confiance en l’avenir malgré les crises.
«À la suite d’un mouvement social»… le voyageur qui entend cette information dans une gare ou une station de métro sait qu’il va rester à quai. Le mouvement de quelques-uns suppose l’immobilisme de tous. Ne bougez plus: voilà ce que nous dit l’air du temps. Abandonnez le global pour le local même si le local ressemble trop souvent à un bocal. N’est-ce pas le gourou Jean-Marc Jancovici qui préconise de réduire l’avion à quatre voyages par personne pour une vie entière? Pourquoi ce chiffre? Mystère. Le maître sait, à nous d’obéir. Le confinement est devenu insensiblement la matrice du présent: la tyrannie sanitaire a glissé vers la tyrannie sédentaire.
Dans un monde dangereux où règnent la guerre, les épidémies, le terrorisme, les catastrophes naturelles, quitter le nid est un acte d’un héroïsme fou. La jeunesse plan-plan, comme la qualifient les sociologues, est tétanisée par l’effroi. Dans la moindre élévation de température, elle lit les signes de la fin. Il faut rester chez soi dans le triangle d’or bouillotte, bouilloire, babouches. D’autant que le chez soi n’est plus la caverne ou le taudis insalubre des anciens: c’est un nid connecté qui grésille de toutes les nouvelles de l’extérieur.
Voici la retraite auréolée du prestige de la vraie vie : c’est elle qui commence après 60 ans comme si le reste n’avait été qu’une longue préhistoire de douleurs et de tourments.
C’est cela notre France contemporaine, servile et révoltée, indocile et obséquieuse, demandant tout au gouvernement qu’elle fustige en même temps, dans une relation adolescente de rébellion/soumission.
