Pour une (vraie) politique de l'immigration - Par Nicolas Baverez

Aggravés par le retour de la guerre et la poussée des autocraties, les flux migratoires, sujet tabou, appellent des mesures de fermeté.


L'immigration constitue l'une des causes majeures de la crise des démocraties et de la montée des populismes : elle met en effet en tension les valeurs liées aux droits humains, les équilibres économiques, la cohésion sociale et la volonté des citoyens. Elle se trouve aussi au cœur de la nouvelle donne mondiale caractérisée par la montée de la conflictualité, la reconfiguration de la mondialisation en blocs, la multiplication des chocs.

L'immigration touche 3,6 % de la population mondiale, mais ne cesse de progresser sous l'effet de la poussée des régimes autoritaires et du retour en force de la guerre (2,8 millions de départs d'Afghanistan, 6,5 millions de Syrie, plus de 8 millions d'Ukraine), de la remontée de la grande pauvreté avec les crises énergétique et alimentaire, du réchauffement climatique. La coexistence de zones à basse pression démographique, vivant dans la prospérité et un État de droit d'une part, de zones à forte pression démographique, connaissant la paupérisation et la violence endémique d'autre part (l'âge médian est de 41 ans en Europe contre 19 ans en Afrique subsaharienne) provoque de puissantes vagues migratoires. Avec la levée de la fermeture des frontières liée à l'épidémie de Covid, les États-Unis ont ainsi enregistré 3 millions d'entrées illégales en 2022 et l'Union européenne plus de 330 000, notamment par l'Italie (+ 52 %), l'Espagne et les Balkans.