Réforme des retraites : l’imposture des ennemis de la capitalisation - Par Ferghane Azihari

On ne peut pas simultanément envier l’actionnaire et empêcher le travailleur de le devenir à travers la capitalisation. Sauf si le but est de le maintenir dans la sujétion à des fins politiques.


La réforme des retraites, assure le gouvernement, entend sauver le système par répartition qui détruit la mobilité sociale de la jeunesse en raison des charges qu'elle lui inflige. Un nouvel élément de langage a d'ailleurs fleuri au sein de la majorité : elle serait le rempart au danger de la capitalisation qui déferlerait dans l'éventualité où s'effondrerait le régime instauré par Pétain en 1941. « J'ai des enfants, je n'ai pas envie de devoir leur dire demain, que finalement, ils vont devoir épargner un petit peu pour se constituer un patrimoine pour leur retraite », proclame au micro de Sonia Mabrouk le député Renaissance Marc Ferracci, qui ôte ses habits d'économiste le temps d'une mandature.

Il est vrai que brandir la menace de la capitalisation est une stratégie efficace pour mobiliser l'opinion. La gauche y eut recours durant le premier mandat d'Emmanuel Macron pour tuer dans l'œuf son projet de réforme initial, pourtant d'inspiration jacobine. Il entendait abolir les régimes spéciaux – y compris ceux qui fonctionnent grâce à la capitalisation – pour les fondre dans une répartition uniformisée. Comble de l'ironie, on vit des salariés de la Banque de France affiliés à la CGT manifester pour la préservation de la capitalisation pendant que d'autres protestaient contre l'emprise des gestionnaires d'actifs, accusés de manœuvrer en coulisse pour récupérer les 330 milliards d'euros de dépenses de retraite annuelles. Chacun mesure la rationalité de notre débat public.

Réforme des retraites : l’imposture des ennemis de la capitalisation (lepoint.fr)