Un an de guerre en Ukraine : et après ? - Par Nicolas Baverez

Le bilan du conflit est sans appel. Il faut d'urgence réarmer l'Europe et la France. Notre pays, surendetté et affaibli, a tout à reconstruire.


Un an après le déclenchement de l'« opération militaire spéciale » par Vladimir Poutine, le 24 février 2022, la guerre d'Ukraine est entrée dans une phase d'attrition. Les deux camps recherchent la rupture par la masse du côté russe – au prix de plus de 200 000 morts et blessés graves –, par l'armement occidental du côté ukrainien. L'heure est moins que jamais à la diplomatie mais à la gestion d'une guerre de haute intensité et de longue durée.

D'un point de vue militaire, le conflit a rappelé le rôle crucial de la dissuasion nucléaire, qui a permis à la Russie de sanctuariser son agression. Il a réhabilité l'artillerie tout en montrant l'importance décisive des drones, de l'intégration des données, qui permet d'assurer la transparence du champ de bataille, de la guerre de l'information. Enfin, la résistance héroïque de l'Ukraine est indissociable de la mobilisation d'une nation pour défendre sa souveraineté et d'un peuple pour préserver son identité et sa liberté.

D'un point de vue stratégique, la guerre d'Ukraine ouvre une nouvelle ère caractérisée par la confrontation entre les démocraties et les empires autoritaires ainsi que l'autonomisation du Sud. Elle débute de manière inattendue en Europe, qui fait face à une menace vitale émanant de la Russie, mêlant guerre de haute intensité contre l'Ukraine et guerre hybride contre l'Union et le Royaume-Uni. Elle entraîne un ensauvagement du monde – de l'Asie à l'Afrique en passant par le Caucase et le Moyen-Orient –, marqué par le démantèlement des institutions et des règles qui avaient été mises en place pour encadrer la violence.