La méritocratie n'est pas un “mythe” - Par Erwan Le Noan

Erwan Le Noan revient sur les propos du premier secrétaire du PS, qui s'en est pris au «mythe de l'égalité des chances», lors du 80ème congrès du Parti socialiste. Pour l'essayiste, abandonner le système méritocratique signifierait un retour aux hiérarchies sociales strictes


Erwan Le Noan est consultant en stratégie, membre du Conseil scientifique de la Fondation pour l'innovation politique (think-tank libéral), et maître de conférences à Sciences Po. Il est l'auteur de «La France des opportunités» (Les Belles Lettres, 2017).

Dans la fable du Laboureur et ses enfants, La Fontaine dresse l'éloge du laboureur qui «avant sa mort», montra à ses fils «que le travail est un trésor». Son texte pourrait être distribué dans les manifestations contre la réforme des retraites d'où émerge un message de dévalorisation du travail. Ce projet de déconstruction n'est toutefois pas seul : de façon discrète et insidieuse se déploie une remise en cause du mérite. Lors du récent congrès du Parti socialiste, son premier secrétaire a ainsi dénoncé «le mythe de l'égalité des chances» et clamé que son mouvement devait «engager la rupture avec la tyrannie du mérite». Ce propos n'est ni fortuit ni anodin. La remise en cause du mérite renvoie à une doctrine qui s'est diffusée depuis plusieurs années, et irrigue une bataille culturelle à gauche, autour de deux critiques.

La première remet en cause les critères du mérite, qui favoriseraient la reproduction sociale. Elle est portée notamment par le philosophe Michael Sandel, qui considère schématiquement qu'ils ont pour effet de renforcer ceux qui se trouvent en haut de l'échelle, dans la conviction que leur situation est justifiée. Ces derniers, en position sociale dominante, ancreraient dès lors une perpétuation des inégalités, privant les plus défavorisés des possibilités d'évoluer, ce qui mettrait en péril l'unité démocratique. La seconde critique amplifie la précédente et remet en question la notion de mérite, qui serait un mensonge inventé par des élites économiques (ou dans la version plus américaine, raciales) pour conserver leur contrôle social indu, dans le dénigrement des autres «classes».


Qui peut décemment exiger des familles qu'elles sacrifient leurs enfants sur l'autel de la mixité sociale ?

Le mérite est ce qui permet le bouillonnement de la société et fermente son inventivité, de façon non-coordonnée.

Dans une société démocratique, le mérite est le moins pire des moyens d'allouer les positions sociales.