La France de l’à-peu-près - De Nicolas Bouzou

Dans son dernier ouvrage La France de l’à-peu-près (Éditions de l’Observatoire), paru le 22 février, Nicolas Bouzou estime qu’il est temps de refaire vivre le génie français, «en encourageant l’intelligence, la lucidité, la précision et le courage - des qualités qui ne sont plus guère plébiscitées dans notre pays - et en investissant massivement dans un système éducatif exigeant».


Bureaucratie, droit à la paresse, conformisme, fin de la méritocratie... l'économiste Nicolas Bouzou dénonce le nivellement par le bas de notre société de « l'à-peu-près » et appelle à renouer avec le génie français. Pourquoi les salaires sont-ils si bas?? Pourquoi doit-on attendre plusieurs semaines pour consulter un médecin?? Pourquoi risque-t-on des coupures d'électricité?? Pourquoi ne pouvons-nous rentrer chez nous la nuit en toute sécurité?? Pourquoi les écoles de certains villages ferment-elles des classes?? Les Français veulent des réponses à leurs questionnements, bien légitimes dans un pays où la sphère publique est si développée et les prélèvements obligatoires si lourds. Exigeants, ils demandent le meilleur en matière de pouvoir d'achat, de santé, d'écologie, d'éducation, de sécurité. Pourtant, nous explique Nicolas Bouzou, notre pays ne se donne pas les moyens de cette excellence : nous sommes victimes du syndrome de « l'a-peu-près ». La France ne tombe pas mais elle se laisse aller. Des solutions existent ! Il est temps de retrouver la voie de la créativité, de l'investissement et de l'excellence, la seule qui soit conforme à l'idée que l'on devrait se faire du « génie français ».

Essayiste spécialisé dans l’économie, Nicolas Bouzou a fondé le cabinet Astrès. Il a créé en 2018 les Rencontres de l’Avenir à Saint-Raphaël, un moment de débat où se retrouvent chaque année pendant trois jours intellectuels, chefs d’entreprises, économistes ou encore politiques. 



Nicolas Bouzou: «La France souffre du syndrome de “l’à-peu-près”»


L’économiste Nicolas Bouzou appelle nos concitoyens à sortir de la passion égalitariste et à viser l’excellence collective, seule voie d’avenir.

LE FIGARO.- Dans votre dernier ouvrage, vous regrettez que notre société soit nivelée par le bas, bien que les Français soient de plus en plus exigeants. Expliquez-nous.

Nicolas BOUZOU.-
Selon moi, le malaise français prend ses racines dans le syndrome de «l’à-peu-près». La France n’est pas un pays qui chute, ni un pays en faillite. C’est en revanche un pays où la passion égalitariste et le nivellement par le bas ont entraîné depuis vingt à trente ans une épidémie d’à-peu-près, et donc de dégradation cumulative de nos performances économiques et de la qualité de nos services publics. Par exemple, la relative faiblesse des salaires est liée au fait que nous ne travaillons pas assez collectivement, que les entreprises n’investissent pas suffisamment et que notre formation initiale comme professionnelle n’est pas assez performante. Le problème, c’est que nous n’assumons pas collectivement ce déclin. Nous voulons des salaires plus élevés, un hôpital qui fonctionne, des transports à l’heure. C’est légitime mais c’est absolument incompatible avec ce syndrome de l’à-peu-près.


Où est passé le « génie français » ?


Nicolas Bouzou dénonce l'à-peu-près qui sévit dans tous les domaines, du système de santé à l'administration ou à la politique énergétique…

Le propos - La France ne sera jamais un pays « tranquille » ou « normal ». Notre destin ne ressemblera jamais à celui de la Suisse ou du Danemark (dommage parfois !). Chez nous, au pays de la Fronde, de De Gaulle et du chômage de masse, rien ne se fait comme ailleurs. Le pire arrive, mais le meilleur aussi, à tout moment. « C'est la raison pour laquelle, écrit Nicolas Bouzou, l'idée que l'on doit se faire de la France ne s'incarne pas dans un avenir tiède. L'à-peu-près est sans doute un choix inconscient. L'objet de ce livre est de montrer aux Français que ce choix inconscient et insatisfaisant pour eux rend notre pays intranquille et instable. » Résultat, notre avenir ne peut aller que dans deux directions : le pire (les populistes, de gauche ou de droite) ou l'excellence. Nicolas Bouzou plaide évidemment pour que nous empruntions la seule voie conforme « à l'idée que l'on devrait se faire du génie français »…

L'argument - L'auteur décortique quatre domaines où l'à-peu-près domine : énergie, éducation, santé, et économie en général (recherche & innovation…). Pour lui, la politique menée par Emmanuel Macron depuis 2017 illustre ce mal chronique : ses choix vont dans la bonne direction, mais ils succèdent à des tergiversations, sont incomplètement exécutés, passent outre la question de l'enchevêtrement bureaucratique, et donnent des résultats « décevants, voire contre-productifs ».


Santé, nucléaire, immigration… Les médiocrités françaises vues

Par Thomas Mahler

Dans "La France de l’à-peu-près", l’essayiste dénonce l’abandon de l’excellence française pour une culture du laisser-aller et de l’approximation.

Ils sont nombreux à s’être penchés sur le chevet de la France, en quête de névroses et pathologies propres à notre nation. Alain Peyrefitte a décelé un "mal français" alimenté par le centralisme et la bureaucratie, Jacques Julliard un "malheur français" nourri par nos schizophrénies… Essayiste et chroniqueur à l’Express, Nicolas Bouzou ose un nouveau diagnostic : nous souffririons du syndrome de l’"à peu-près". Dans de nombreux domaines, les performances françaises n’ont rien de catastrophique, mais elles sont très loin de l’excellence. Notre pays ne s’effondre pas, contrairement à ce qu’affirment les praticiens déclinistes, mais il ne se redresse pas non plus. Nous "vivotons" assure docteur Bouzou, alors que les défis s’annoncent immenses : transition climatique, vieillissement de la population, dette, réarmement militaire exigé par un nouveau contexte géopolitique…

Inutile de chercher des boucs émissaires du côté de la classe politique : "l’à-peu-près" est un état d’esprit général, une médiocrité collective. Prenons l’économie. Avec un taux de chômage au plus bas depuis une dizaine d’années, les résultats ne sont pas mauvais. En bon libéral, Nicolas Bouzou y voit les fruits de la flexibilisation du marché du travail et de la baisse des charges. Demeure un chômage non négligeable concernant des personnes non diplômées ou les seniors, alors même que de plus en plus d’entreprises font face à des difficultés de recrutement.