«L'engorgement des tribunaux profite aux criminels» - Par Béatrice Brugere
Béatrice Brugère, secrétaire générale du syndicat Unité-Magistrats dénonce la normalisation et l'accroissement des délais de justice. Selon elle, la liberté dont jouissait le meurtrier présumé de Silhem, du fait de la lenteur de son procès, est le signe d'un système judiciaire en crise.
Camus disait que le courage ça s'organise. Je rajouterai qu'il en va de même pour la justice ! Deux vertus qui ne tombent pas du ciel. C'est une nécessité mais également un devoir moral pour les politiques et une exigence pour les magistrats, de réfléchir à une nouvelle organisation, à une nouvelle grille de lecture. Comme si les lois se suffisaient à elles-mêmes pour rendre justice. La justice appartient davantage au domaine de l'agir que du dire. La justice est avant tout une administration hiérarchisée avec un chef à sa tête qui est le garde des Sceaux, organisant une distribution des tâches selon des modalités très précises regroupées dans le code de l'organisation judiciaire, les codes de procédure pénale et civile, mais aussi dans un ensemble de lois, imposant des délais, des choix procéduraux, sous la responsabilité de politiques pénales. Il s'agit donc d'hommes et de femmes magistrats et greffiers en charge de mettre en musique ces process, et de veiller scrupuleusement à leur respect. Une sorte de chaîne de travail devenue «hyper productiviste» comme dans le film les Temps modernes de Charlie Chaplin, où l'harmonie semble avoir malheureusement disparu sans permettre d'identifier précisément la cause réelle de ces désordres.
