Général Vincent Breton : « La Russie ne parvient pas à capitaliser sur sa supériorité militaire théorique »


Le mot de Méchant Réac® - Par Laurent Sailly

Quatre ans après l’invasion russe de l’Ukraine, le directeur de l’École de guerre, le général de division aérienne Vincent Breton, livre, dans un entretien pour l'IHEDN, son analyse sur les évolutions de ce conflit, l’état des forces en présence et les enseignements à en tirer pour les armées occidentales.

Quatre ans après l’invasion à grande échelle de février 2022, le général de division aérienne Vincent Breton, directeur de l’École de guerre, décrit une guerre russo‑ukrainienne structurée en quatre phases. La première (2014‑2022) voit l’annexion de la Crimée, la déstabilisation du Donbass et huit années d’attaques hybrides russes. La seconde débute avec l’offensive massive de 2022 : mal préparée et fondée sur des renseignements biaisés, l’armée russe échoue à prendre Kiev et perd l’initiative face aux contre‑offensives ukrainiennes. La troisième phase (fin 2022‑2023) correspond à la stabilisation autour de la ligne Sourovikine et à une guerre d’attrition. Depuis septembre 2023, la Russie progresse lentement, au prix d’un effort humain et matériel colossal, sans atteindre ses objectifs stratégiques.

Le général souligne un bilan très défavorable pour Moscou : moins de 20 % du territoire ukrainien contrôlé, environ 1,2 million de pertes (tués, blessés, disparus), un échec stratégique majeur avec l’élargissement de l’OTAN à la Finlande et à la Suède, et une économie fragilisée par la militarisation, les sanctions et la démographie. La Russie se trouve dans une situation de zugzwang, où toutes les options sont coûteuses.

Le conflit n’est pas gelé : le front est devenu une zone grise de 20 km, saturée de drones ISR, kamikazes et bombardiers, rendant la surprise tactique quasi impossible. Les deux camps mènent des frappes en profondeur, la Russie multipliant par douze ses frappes entre 2022 et 2025, tandis que l’Ukraine cible raffineries et dépôts russes.

Sur le plan industriel, la Russie maintient son effort grâce à sa production nationale et à des soutiens extérieurs (Corée du Nord, Chine), tandis que l’Ukraine dépend du soutien budgétaire européen mais produit désormais près de la moitié de son matériel.

Le général identifie enfin cinq tendances (dégradation sécuritaire, extension de la conflictualité, transparence du champ de bataille, nivellement technologique, saturation) et cinq besoins pour les armées occidentales : forces morales, qualité du commandement, combinaison masse/technologie, profondeur stratégique et capacité d’innovation rapide.

Général Vincent Breton 
«La Russie ne parvient pas à capitaliser sur sa supériorité militaire théorique»