Immigration : les (très) faux-semblants européens après Ceuta - Par Christophe Bouillaud et Philippe d'Iribarne
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| JORGE GUERRERO / AFP |
Le mot de Méchant Réac® ! par Laurent Sailly
La crise migratoire de Ceuta révèle, selon Philippe d’Iribarne, directeur de recherche au CNRS, économiste et anthropologue, l’ampleur des fractures européennes derrière la solidarité affichée avec l’Espagne. Les opinions publiques sont profondément divisées, et les politiques nationales demeurent hétérogènes, comme l’illustrent les évolutions spectaculaires de pays tels que la Suède. Philippe d’Iribarne souligne également l’écart entre les illusions de la jeunesse marocaine et la réalité migratoire, souvent occultée par ceux déjà partis.
Pour Christophe Bouillaud, professeur de sciences
politiques à l’IEP de Grenoble et spécialiste de la vie politique italienne et
européenne, la fermeté européenne reste largement rhétorique. Le principal
obstacle est juridique : le droit d’asile impose un traitement individualisé
des demandes, rendant le contrôle des frontières difficile . Les règles issues
de la Convention de 1951 ne correspondent plus aux profils actuels des
migrants, majoritairement motivés par des raisons économiques plutôt que
politiques.
Les deux auteurs convergent : l’Europe est
prisonnière d’un cadre juridique et moral hérité de l’après‑guerre, inadapté
aux flux contemporains. Les divergences entre États, les usages géopolitiques
de la migration et la difficulté à réformer les normes fondamentales empêchent
l’émergence d’une véritable politique migratoire commune.
