Pourquoi “effacer” la dette publique ne règle pas le déficit - Par Laurent Sailly

Le mot de Méchant Réac® ! par Laurent Sailly

La proposition de Jean‑Luc Mélenchon d’annuler 18 % de la dette publique française – soit environ 600 milliards d’euros – en « foutant au feu » les titres détenus par la Banque de France est spectaculaire mais irréaliste.

Les obligations détenues par la Banque de France sont des actifs, pas une réserve d’argent disponible. Annuler ces titres ferait disparaître un actif équivalent : aucune richesse nouvelle n’apparaît. Les bénéfices de la Banque de France ne sont pas garantis : elle peut être déficitaire.

L’article 123 du TFUE interdit le financement monétaire des États par la BCE. L’annulation pourrait être interprétée comme un financement permanent, contraire à l’esprit du traité. La France ne peut pas décider seule : il faudrait l’accord de tout l’Eurosystème.

Une annulation unilatérale serait vue comme un défaut partiel. Une annulation unilatérale serait vue comme un défaut partiel. Avec une dette dépassant 3 500 milliards d’euros, même une hausse limitée des taux aurait un impact budgétaire massif. Cela toucherait aussi les crédits immobiliers, les prêts aux entreprises, le financement des collectivités.

L’annulation ne crée pas de monnaie nouvelle, mais si les marchés anticipent des annulations répétées, cela pourrait nourrir l’inflation. L’inflation agit comme un impôt silencieux : elle réduit le pouvoir d’achat de l’épargne.

L’idée donne l’impression d’un gain sans effort, mais ne règle rien : elle ne crée pas de croissance, n’augmente pas les recettes, ne réduit pas le déficit annuel.

La France devrait continuer d’emprunter, mais avec une crédibilité affaiblie. Le vrai problème reste : des dépenses durablement supérieures aux recettes.

BREF ! Annuler 18 % de la dette serait symbolique mais dangereux : cela reviendrait surtout à brûler une partie de la confiance accordée à la France par les investisseurs.