«Il existe une bonne austérité». La chronique de Jean-Philippe Delsol
Pour l’opinion courante et beaucoup d’économistes encore keynésiens, toute politique d’austérité tendant à réduire les dépenses publiques ressemble à un « baiser de la mort » pour les pays qui les expérimentent comme pour les gouvernements qui les mettent en place. Il n’en est rien nous démontrent Alberto Alesina, Carlo Favero et Francesco Giavazzi dans leur ouvrage Austerity, When it works and when it doesn’t (Princeton University Press, 2019).
Les auteurs, économistes reconnus, ont analysé 186 plans d’austérité mis en œuvre par 16 des principaux pays de l’OCDE, dont la France, de la fin des années soixante-dix jusqu’en 2014. Peut-être, disent-ils, que Keynes, qui recommandait la hausse des dépenses publiques comme remède aux crises, n’avait pas tort en son temps. Mais depuis, les dépenses publiques ont doublé, parfois triplé, en pourcentage du PIB et l’analyse keynésienne ne fonctionne plus. Et ils observent que dans leurs plans d’austérité, les pays qui ont coupé dans leurs dépenses publiques s’en sortent nettement mieux que ceux qui ont augmenté leurs impôts.
L’austérité par la baisse des dépenses peut même être rapidement positive quand la consommation et l’investissement privés autant que la hausse des exportations compensent la réduction des dépenses publiques, ce qui fut le cas en Autriche, au Danemark et en Irlande dans les années quatre-vingt, en Espagne, au Canada et en Suède dans les années quatre-vingt-dix ou encore en Irlande et au Royaume-Uni après la crise financière de 2008.
