Indignez-vous… en permanence ! Stéphane Hessel et Twitter ont-il étranglé la démocratie ?
Atlantico : En quoi cette forme d'expression est-elle devenue aujourd'hui autoritaire, au point d'empêcher toute remise en question et toute critique adverse ?
Gilles-William Goldnadel : En réalité, j'avais pressenti cela dès la parution du livre de Stéphane puisque j'avais écrit un « contre-livre » qui s'appelait Le vieil homme m'indigne. Dans ce dernier, je pense avoir montré que le succès planétaire de ce que j'ai appelé le « non-livre » de Stéphane Hessel s'expliquait précisément par son absence de toute idée. Ce livre correspond à peu près à l'antimatière en physique et c'est bien parce qu'il était dénué d'idées et rempli d'émotions qu'il a eu ce succès-là. Mais cette explication aurait été insuffisante si l'émotion qui était véhiculée par le brûlot hesselien ne s'appuyait pas sur l'idéologie dominante du moment que l'on peut caractériser, pour faire bref, par la non-pensée islamo-gauchiste, appuyée très largement par la non-pensée pseudo-antiraciste. Cette idéologie dominante est encore largement à la manœuvre aujourd'hui dans la dictature de l'émotion. L'indignation, c'est de l'émotion décrétée et sécrétée : voilà comment on peut caractériser cette dictature de l'indignation et de l'émotion.
Cette indignation n'est-elle pas à l'origine d'une impuissance politique, notamment des partis traditionnels (PS, LR) qui ne peuvent plus modifier leurs positions après s'être indigné ? Leur défaite peut-elle s'expliquer par l'impossibilité de se transformer qui vient de cette posture ?
Gilles-William Goldnadel : Ce faisant, il faut bien reconnaître aussi que cette dictature de l'indignation s'appuie très largement, et c'est un peu l'objet de mon ouvrage Névrose médiatique, sur le nouveau médium que sont les réseaux électroniques. C'est ce que j'appelle le phénomène de « foule déchaînée », puisque les individus isolés dans leur coin mais réunis en réseaux électroniques réactifs, sécrètent infiniment plus d'émotions indignées que d'idées. Dans ce cadre médiatique dictatorial comme une foule et émotif comme une foule, où l'on est davantage dans la croyance que dans la pensée, les politiques sont évidemment sous le joug de cette non-pensée émotionnelle, additionné au fait qu'ils sont soumis chaque jour durant à un feu de sondages qui fait qu'ils ne peuvent pas prendre le recul nécessaire pour ne pas réagir à l'indignation. C'est dans ce cadre à la fois médiatique et idéologique que tous les hommes politiques sont aujourd'hui prisonniers, et pour aller plus loin, j'ai été sévère évidemment et je le demeure et ne le regrette pas, à l'égard d'Hessel et de ses émules, mais il faut reconnaître que, dans le cadre de l'information qui succède et chasse la précédente information, nous sommes tous des indignés. Il faut tout de même voir ce que nous sommes devenus. De ce point de vue-là, nous sommes pas prêts de sortir de ce système-là.
La question écologique est aujourd'hui un motif d'indignation fort. Est-ce selon vous le signe qu'on a dépassé le stade de la connaissance et qu'on est passé à un stade de la croyance irrationnelle sur ces questions là ?
Gilles-William Goldnadel : Tous ceux qui se permettent d'ériger en doute les informations qui sont données sur le climat, pas seulement sur le phénomène du réchauffement climatique mais sur la part de l'homme et les manières de pouvoir y résister, sont traités de révisionnistes. On remarque au passage que le mot « révisionniste » est un mot dérivé de la Shoah et de sa contestation pour montrer qu'on est au plus haut degré de l'indignation émotionnelle et médiatique. Si aujourd'hui, le domaine privilégié de l'indignation encolérée et excommuniant est l'écologie, je l'explique principalement par le fait que la pensée gauchisante dominante médiatiquement a été décrédibilisée fortement non seulement sur le terrain économique, au regard du désastre des économies collectivistes, mais également sur le terrain du pseudo-antiracisme, au regard des dégâts qui ont été commis par l'islamisme (alors même que lorsqu'on critiquait l'islamisme il y a quelques années on était immédiatement taxé de raciste), cette pensée-là qui est toujours en mouvement a envahi aujourd'hui non seulement le terrain écologique mais aussi celui du nouveau féminisme pour continuer à dominer le débat en excommuniant et en utilisant l'indignation émotionnelle. C'est ce qui explique principalement aujourd'hui l'investigation de ce champ.(Lire également les réponses d'Eric Deschavanne)
