Le tour du nouveau monde, par Mathieu Laine - Mahbubani, le penseur qui secoue l’Occident
L’essayiste a rencontré Kishore Mahbubani, théoricien du miracle asiatique et de l’enlisement occidental. Le Singapourien en est sûr : « L’Asie décidera. »
Depuis que j’ai engagé mon tour du nouveau monde à la rencontre des penseurs trop peu connus de notre temps, j’ai une obsession : celle d’échapper au biais occidentocentré dont nos modes de réflexion souffrent rageusement. Dans cette quête qui nous mènera donc en Europe et en Amérique du Nord mais aussi en Amérique latine et en Afrique, j’ai été décontenancé lorsque plusieurs bons connaisseurs de l’Asie ont cherché à me décourager en affirmant que l’Orient produisait non des penseurs (thinkers) mais des faiseurs (doers). Comme si, au soleil du grand rattrapage, être intellectuel avait désor… (Lire la suite de l'édito)
Après deux siècles d’hégémonie sans partage, la domination occidentale sur le monde a pris fin au début du XXIe siècle. Un nouvel ordre global se fait jour, dans lequel la Chine et l’Inde sont les deux premières puissances économiques. Comment l’Occident doit-il réagir à son nouveau statut ?
Avec recul, clarté et franchise, Kishore Mahbubani démontre que ce n’est qu’en acceptant ce phénomène, et en cherchant à influencer le monde par la diplomatie plutôt qu’à le dominer par son interventionnisme, que l’Occident pourra conserver un rôle clé dans la géopolitique des temps futurs. S’il ne met pas en œuvre cette stratégie, il sera perdu – parce qu’il se sera perdu.
Et si le XXe siècle n'était pas celui du nouvel "âge des ténèbres" tant redouté par les Occidentaux, mais plutôt l'aube d'une nouvelle histoire de la civilisation humaine? Après trois siècles de domination occidentale, où Londres, Paris, Berlin et Washington ont décidé du sort de la planète, les 5,6 milliards d'individus qui ne vivent pas à l'Ouest aujourd'hui ont cessé d'être des objets de l'histoire mondiale pour en devenir des sujets. Le rêve occidental est enfin à leur portée, la marche asiatique vers la modernité a commencé. Or, plutôt que de se réjouir de cette démocratisation de l'esprit humain, les pays de l'Ouest craignent de perdre leur sacro-saint pouvoir. Car l'Inde et la Chine - sans parler de Taiwan, Singapour, Hongkong ou la Corée du Sud -, en traversant un processus de modernisation fulgurant, ont également changé leur perception d'eux-mêmes et de leur futur, et par là même de leur vision du reste du monde et du regard des Occidentaux sur l'Asie. Aux Occidentaux dorénavant d'accepter cette "desoccidentalisation" de la planète. Ainsi, l'objectif premier de cet ouvrage est d'expliquer le monde à travers le regard des non-Occidentaux, afin que les 12% d'individus vivant en Occident comprennent enfin comment les autres 88% conçoivent le monde. En fin observateur des relations entre l'Asie et l'Occident, Kishore Mahbubani appelle l'Occident à prendre conscience des nouvelles réalités qui émergent dans ce "nouvel hémisphère asiatique". Ce livre nous incite à regarder l'Asie autrement, et par un étonnant phénomène de retour sur soi, à se questionner sur nous-mêmes, sur les mentalités occidentales et la menace, réelle ou fantasmée, d'un " basculement du pouvoir mondial vers l'Est ".
