« Osez la liberté d’expression ! »
L’époque est décidément rude pour la liberté d’expression et en particulier sur son versant satirique. Oser l’humour, oser la caricature, oser la dérision, au risque parfois de trébucher, de se tromper, d’être vulgaire ou à côté de la plaque, au risque parfois d’être outrancier, au risque de choquer? C’est ce qu’essaient de faire encore quelques dessinateurs de presse irréductibles, quelques caricaturistes comme l’équipe de Charlie Hebdo rescapée. Mais c’est sans compter sur la pudibonderie qui s’est emparée des esprits bien-pensants dans une société postmoderne où le paradigme de l’offense s’est généralisé, faisant régner sa police de l’humour sur les rares terrains non encore dévastés par les tueries islamistes.
Au vu des réactions suscitées par la dernière Une de Charlie consacrée à la Coupe féminine de football, représentant un sexe de femme avec un petit ballon en guise de clitoris assorti d’une légende certes assez graveleuse «On va en bouffer pendant un mois», les cris d’orfraie, les scandales et l’expression des pudeurs de jouvencelles les plus archaïsantes, on peine à croire qu’il y a quatre ans, un soir noir et froid de janvier, des millions de Français se réunissaient, émus et bouleversés, pour proclamer envers et contre tout «Je suis Charlie». À croire que, ce que les islamistes n’ont pas terminé dans leur sinistre et habituel travail de boucherie, les plaintifs effarouchés et victimaires, les apeurés du sexisme et autres prisonniers de la cage aux phobes vont finir par l’achever tout à fait. Mais ne courons pas le risque d’une comparaison trop rapide: les terroristes, eux, ont du sang sur les mains !
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