Michel Serre : « Sommes-nous condamnés à devenir intelligents ? »

DISPARITION - L’académicien, écrivain et historien des sciences, est décédé samedi, a annoncé son éditeur. Il laisse derrière lui une œuvre foisonnante, marquée par un regard résolument moderne, qui a su toucher un vaste public.
Le philosophe, écrivain et épistémologue Michel Serres, figure intellectuelle familière du grand public, est décédé samedi à l'âge de 88 ans, a annoncé à l'AFP sa maison d'édition, Le Pommier. «Il est mort très paisiblement à 19h entouré de sa famille», a déclaré son éditrice Sophie Bancquart. Écrivain et historien des sciences, passionné notamment par l'écologie et l'éducation, ce membre de l'Académie française s'est intéressé à toutes les formes du savoir, scientifique comme littéraire, anticipant les bouleversements liés aux nouvelles technologies de la communication.
Auteur de près d’une centaine d’ouvrages et d’essais, Michel Serres était un penseur de renommée internationale dont l’œuvre multidiplicinaire concernait aussi bien l’épistémologie des sciences, l’écologie, l’art que la philosophie proprement dite. Membre de l’Académie Française, il était avec Claude Levi Strauss et René Girard (dont il prononcera le discours de réception sous la Coupole en 2007), un des philosophes français les plus lus et les plus influents. En 2012 l’université de Cologne lui avait décerné le prix Maitre Eckart qu’il fut le seul français à obtenir avec Claude Levi Srauss. (Lire la suite dans Le Figaro).

FIGAROVOX/ENTRETIEN - Dans son dernier essai, le philosophe Michel Serres médite sur le basculement de notre temps et sur les leçons que nous donnent les grandes figures de la mythologie et de notre histoire. (Lire l'entretien)


INTERVIEW - Le philosophe français, membre de l'Académie française, a dressé en 2012 le portrait de Petite poucette, symbole d'une génération transformée par le numérique. Trois ans plus tard, Le Figaro a lui demandé de ses nouvelles.


En 2012, Michel Serres a publié Petite poucette. Le philosophe français, membre de l'Académie française, y livrait une vision optimiste des transformations provoquées par le numérique. Son héroïne passe ses journées les pouces collés sur l'écran de son smartphone. Elle accède à une montagne de savoir sur Wikipedia. Dialogue sur Facebook. Elle et ses amis «peuvent manipuler plusieurs informations à la fois. Ils ne connaissent, ni n'intègrent, ni ne synthétisent comme nous, leurs ascendants. Ils n'ont plus la même tête», écrivait le philosophe.

Ce type de transformation, qui bouscule les civilisations, est rare. Il y a plus de deux mille ans, l'écriture a provoqué une première vague de transformations économiques, juridiques, politiques, pédagogiques et religieuses. Durant la Renaissance, l'imprimerie a conduit à de nouveaux bouleversements. Selon Michel Serres, nous vivons aujourd'hui la troisième de ces grandes révolutions, période extraordinaire de nouveautés, mais aussi de crises. Alors que les ordinateurs et les smartphones nous conduisent à externatiliser notre savoir, notre mémoire, «que reste-t-il sur nos épaules? (...) Sommes-nous condamnés à devenir intelligents?» questionne le philosophe. (Lire la suite de l'article).