Le principal problème de la France, ce n’est pas le niveau des inégalités de revenu mais l'absence de mobilité sociale


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Le principal problème de la France, ce n’est pas le niveau des inégalités de revenu mais l'absence de mobilité sociale : c'est la conclusion de l’Institut Sapiens, think tank d'inspiration libérale, dans une étude présentée ce matin et intitulée « Luttons contre notre cher déterminisme social ». Les auteurs démontrent comment ce déterminisme mine « la légitimité de nos sociétés démocratiques libérales » et surtout le coût économique de celui-ci, estimé à 10 milliards d'euros par an. Le PIB de la France pourrait être augmenté de 44 milliards d’euros (soit un gain de deux points).

L’Institut Sapiens se concentre sur les écarts qui se créent dès l'école. Les tests PISA réalisés par l'OCDE sur le niveau des élèves confirment qu'elle ne parvient pas à corriger les inégalités sociales. Le milieu social des parents influe considérablement sur les résultats scolaires, y compris en mathématiques, une matière dans laquelle ils sont pourtant censés être plus indépendants du capital social et culturel transmis par le milieu familial. Alors pourquoi ? « Le Prix Nobel d'économie James Heckman démontre que les retours sur investissement dans l'éducation sont à leur maximum lorsque les élèves ont entre 0 et 10 ans. De manière générale, les rendements décroissent à mesure que l'âge augmente », rappelle l'Institut Sapiens dans sa note.

« Nous avons remarqué que le manque de confiance personnelle (des victimes du déterminisme social) les conduisait à s'autoexclure et l'absence de rôle modèle à se persuader que ce n'est pas pour eux. Les études scientifiques sur le sujet ont montré que ce facteur n'est pas anecdotique, il est déterminant. L'état d'esprit des élèves, parents ou enseignants semble expliquer la réussite ou non des individus mieux que les autres variables comme le sexe, l'origine ethnique, la qualité de l'enseignement ou le statut social », souligne l'Institut Sapiens.

Le think tank renvoie aux études des années 1970 de Raymond Boudon, le célèbre sociologue. « Un élève issu d'un milieu social modeste aura tendance à poursuivre ses études seulement s'il est presque assuré de réussir : le coût de cet investissement lui paraissant exorbitant, il ne prendra le risque que si celui-ci est minime », précise l’Institut.

« Dans un monde où le diplôme est le tiers de confiance principal, souligne l'Institut Sapiens, 68% des enfants dont les parents sont diplômés du supérieur obtiennent un diplôme d'études supérieures, contre 17 % pour les enfants dont les parents ont un faible niveau d'étude. » Autre cause de reproduction sociale pour l'Institut Sapiens : la dévalorisation des filières courtes, professionnelles et techniques ou encore des « enseignants insuffisamment préparés ». « Les établissements défavorisés ne comptent que 20 % d'enseignants pleinement certifiés contre 92 % dans les établissements favorisés », relève la note.

L'Institut Sapiens propose la création d'une plateforme numérique afin d’encourager la collaboration entre les associations, les entreprises et le système éducatif classique (recours au mentorat et favoriser la recherche de stages).

Laurent SAILLY, pour Méchant Réac !