Ras-le-bol des leçons de morale et de la victimisation systématique !

CHRONIQUE - Les leçons de morale et la passion de se présenter comme une victime envahissent l’espace public. C’est dire combien le premier essai de l’auteur d’American Psycho arrive à point nommé pour les combattre.

Les Suppliantes, la plus vieille pièce conservée d’Eschyle, qu’on lira dans la superbe collection jaune des «Belles Lettres» dans le tome 1 des Tragédies, relate le chant de cinquante Danaïdes s’opposant à leur mariage forcé. «Allons, Dieux auteurs de notre naissance, vous qui savez où est le droit, écoutez-nous!», implorent-elles. Elles fuient l’Égypte pour sauver leur liberté, quitte à affronter l’épreuve de l’exil, la honte et la violence. Deux mille cinq cents ans plus tard, le 25 mars 2019, la pièce, mise en scène par Philippe Brunet, se voit scandaleusement interdite de représentation à la Sorbonne par des manifestants dénonçant une interprétation raciste. Leur crime? Les comédiens portaient un maquillage sombre pour représenter des personnages africains. Quelques jours plus tard, est publié dans la presse le «Lipanda Manifesto», une «tribune des 343 racisé.e.s» reprenant un discours bien connu dans les universités américaines, selon lequel la liberté de création artistique servirait la domination … (Lire l'article de Mathieu Laine: «Le nouveau livre de Bret Easton Ellis, antidote au discours de la vertu»)

 

Que raconte White, première expérience de " non-fiction " pour Bret Easton Ellis ? Tout et rien. " Tout dire sur rien et ne rien dire surtout " pourrait être la formule impossible, à la Warhol, susceptible de condenser ce livre, d'en exprimer les contradictions, d'en camoufler les intentions. White est aussi ironique que Moins que zéro, aussi glaçant qu'American Psycho, aussi menaçant que Glamorama, aussi labyrinthique que Lunar Park, aussi implacable que Suite(s) impériale(s). Loin des clichés toujours mieux partagés, plus masqué que jamais, Bret Easton Ellis poursuit son analyse décapante des États-Unis d'Amérique, d'une façon, comme il le dit lui-même, " ludique et provocatrice, réelle et fausse, facile à lire et difficile à déchiffrer, et, chose tout à fait importante, à ne pas prendre trop au sérieux ".
Que raconte White en ayant l'air à la fois de toucher à tout et de ne rien dire ? Peut-être que le fil à suivre est celui du curieux destin d'American Psycho, roman d'horreur en 1991 métamorphosé en comédie musicale à Broadway vingt-cinq ans plus tard. Ellis a dit autrefois : " Patrick Bateman, c'est moi. " Il ne le dit plus. Et si Patrick Bateman était devenu président !