1er tour de l'élection présidentielle 2022 : gauche et droite, année zéro - Par Valérie Toranian
Tout reconstruire. De la base au sommet. Faire son examen de conscience. Trouver un chemin et un leader capable de retisser la confiance. Proposer un nouveau visage et une vision claire pour 2027. Le constat et la feuille de route sont les mêmes pour la gauche et la droite traditionnelles, laminées par le premier tour de l’élection présidentielle. Plus d’un Français sur deux a voté pour les extrêmes. C’est inédit dans l’histoire de la Ve République. Une majorité de nos concitoyens a désavoué les partis qui ont façonné la vie politique française depuis l’arrivée du général de Gaulle au pouvoir en 1958. Le crash sans précédent du Parti socialiste avec Anne Hidalgo à 1,75 % des voix, avait été précédé de l’avertissement de 2017 avec un Benoît Hamon à 6,36 % des voix : déjà un échec, pas encore le fond de l’abîme. La droite a divisé par quatre son score de 2017, lorsque François Fillon était arrivé à la quatrième place avec 20,01 % des voix. Valérie Pécresse a reconnu avoir été incapable de desserrer la tenaille entre le projet macronien et la droite radicale : Emmanuel Macron a réussi son hold-up sur la droite en siphonnant les électeurs de la candidate LR qui finit avec 4,78 % des voix, un désastre historique pour la droite traditionnelle. Il n’y a plus d’alternance politique de gouvernement en France. Hormis Emmanuel Macron, le paysage politique est un champ de ruines.
Les raisons de cette catastrophe en miroir pour la gauche et la droite sont multiples.
- L’argument du « vote utile » qui a poussé les électeurs de gauche à voter… extrême gauche (une « première » dans l’histoire de la gauche) et les électeurs de droite à voter Macron, dès le premier tour.
- La campagne volée ou tout du moins inexistante. Emmanuel Macron s’est dérobé. Par stratégie de surplomb, au départ, puis parce que la guerre en Ukraine l’a largement mobilisé et que cette irruption du tragique favorisait son leadership.
- La bonne campagne de Jean-Luc Mélenchon qui a conquis un vote jeune, un vote bobo des villes et un vote musulman notamment en Seine-Saint-Denis ou à Roubaix. Sa nouvelle stratégie islamo-gauchiste, en rupture avec sa propre tradition laïque et républicaine, aura été payante. Et c’est une inquiétude profonde pour l’avenir de la gauche sociale-démocrate.
- La calinothérapie réussie de Marine Le Pen qui s’est transformée en « tata Marine », proclamant son « amour » du peuple et son droit au « bonheur ». Son discours empathique, son registre volontairement émotionnel s’opposait à l’arrogance d’un camp macronien, technique, froid, intelligent mais « sans cœur ». Dans la dernière ligne droite de sa campagne, elle a surjoué la nounou des Français, qui va les gâter et les consoler. Le contraire d’Éric Zemmour, dont la posture virile, droite dans ses bottes idéologiques, parfois intransigeante, a dû choquer une partie de ses électeurs potentiels : ainsi ses propos sur les handicapés, sur les enfants Sandler enterrés en Israël ou sur les réfugiés ukrainiens. Dans une campagne, l’intelligence du cœur compte aussi. Avec 7,07 % des voix, Éric Zemmour, qui avait créé l’électrochoc de ce début de campagne, n’a pas concrétisé la dynamique de ses débuts.
- Éric Zemmour a largement essuyé les balles dirigées contre le camp souveraino-poutiniste accusé de penchant, voire de fascination pour le maître du Kremlin. Le candidat de Reconquête ! paye plus cher que Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon, dont les positions étaient pourtant tout aussi douteuses. Mais il a été moins habile à se repositionner vite fait dans le bon sens : on ne remplace pas trente ans d’expérience politique… Il a servi de paratonnerre, tout comme il a largement aidé, par son discours beaucoup plus tranché sur l’immigration, à dédiaboliser Marine Le Pen.
